TRIBUNE LIBRE : ANNE EZA : « RENDEZ MOI MON MARI »




Depuis un an, un jeune cadre de banque, Joseph EZA, promis à un bel avenir croupit en prison. Son seul tort est d’avoir des jumelles chez soi. Au pays des GNASSINGBE en posséder est un crime. Et voilà pourquoi il est embastillé. Coupé de sa famille, il vient de perdre son emploi au même moment les miliciens qui ont commis des meurtres en Octobre dernier ne sont pas inquiétés, ils courent les rues et narguent les parents de leurs victimes.
En début d’année, ses enfants avaient publié une lettre émouvante qui devrait toucher le cœur de ceux qui ont décidé de le punir ainsi. Mais rien n’y fit. Aujourd’hui, c’est sa femme qui prend la plume pour exprimer son ras-le-bol et son désarroi pour demander qu’on lui « rende son mari ». Espérons que cette fois-ci le message tombera dans de bonnes oreilles.
Lecture…
Rendez-moi mon mari
Avez vous déjà eu le courage de regarder un enfant, votre enfant, droit dans les yeux et lui mentir ? C’est mon quotidien.
Joseph Eza n’est pas un malfaiteur. Ce jour-là, il devait voyager. Pour une mission. Pour nos enfants il est parti. Sans dire au-revoir. Et ils lui en veulent pour ça. Mais ce que Fafa (7ans) et Kévin (5ans) ne savent pas, c’est que leur père n’est jamais parti.
Du jour au lendemain, je me retrouve toute seule, avec nos enfants. Obligée d’être le père et la mère. Moi adulte qui sait la vérité, je le supporte; tant bien que mal. Mais pour mes enfants qui n’ont que 7 et 5 ans, c’est un calvaire. Chaque jour avec son lot de questions : Où est parti papa ? Qu’y fait-il ? Quand rentre-t-il à la maison ?
Quelqu’un peut-il avoir la bonté de répondre à mes enfants ? Je suis fatiguée de devoir mentir à mes propres enfants.
Ils ont terminé l’année scolaire dernière sans leur père. Ils attendent toujours son retour pour lui présenter leurs carnets scolaires. La rentrée vient de commencer. Ils attendent, comme d’habitude, que leur père leur souhaite bonne chance pour la nouvelle année scolaire.
Tout petits, mes enfants sont obligés de se poser des questions d’adultes : C’est pas normal, cette fois-ci son voyage a trop duré, que nous cache-t-on ? Papa a-t-il eu des problèmes ?
Ne leur volez pas leur enfance, permettez leur de la vivre pleinement.
Ne faites pas de mes enfants, de petits malheureux qui grandiront avec dans le ventre, une haine envers leur pays.
Je n’en peux plus. J’ai besoin de mon mari. Mes enfants davantage. Rendez-le nous.
Anne Eza
E-Mail : togoscoop@gmail.com

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