VIVE PROTESTATION DE L’ARCHEVEQUE EMERITE DE LOME


                                          Mgr Philippe Fanoko KPODJRO, archevêque émérite de Lomé


L’archevêque émérite de Lomé, Mgr Philippe Fanoko KPODJRO fait parler de lui de nouveau. Lui qui, ces derniers temps, a pris l’habitude d’intervenir sur les sujets politiques, revient. Ainsi après avoir suggéré il y a quelques mois que les passages qui font référence à la mort soient ôtés de  l’hymne national, en vain. Le 11 décembre dernier, à la veille de l’organisation des élections législatives, face au risque d’embrasement du pays, il lancé un appel pathétique au chef de l’Etat pour reporter ce scrutin, en vain. N'empêche, il a de nouveau fait une sortie médiatique ce matin pour jeter un regard sur le pays après ce scrutin. Dans cette sortie, le prélat aborde tous les aspects de la vie nationale, les élections en passant par les détenus politiques, la corruption qui gangrène la société togolaise, l’administration, l’armée ne sont pas épargnées…Et chacun en prend pour ses grades : la classe politique, à la communauté internationale, la société togolaise…Bref, c’est un véritable réquisitoire que l’ancien président de la Conférence nationale souveraine a dressé. 


L’ancien archevêque de Lomé n’est pas quelqu’un à cajoler. Avec son âgé, octogénaire, il est l’est encore moins. Droit au but, il se prive de fioritures pour dire ce qu’il a à dire. Le Togo depuis plusieurs décennies souffre d’un déficit chronique de paix. Et le dernier scrutin législatif du 20 décembre 2018 au lieu de solder « la convulsion politique récurrente » qui agite le pays, l’a au contraire  exacerbé. Car la représentation nationale qui résulte de cette élection ne saurait valablement prétendre refléter l’état de l’opinion publique nationale », note Mgr KPODJRO.

« Il serait à tout le moins illusoire de considérer que le souverain peuple en lutte pacifique pour sa libération, puisse envoyer à la Chambre Parlementaire, une majorité écrasante des députés affiliés à une gouvernance qui l’oppresse, le confine dans l’indignité, la misère et semble n’avoir procédé ni aux renouvellements : de son discours, ni de sa pratique politique, ni de ses méthodes de gouvernance politique et économique », a souligné l’ancien président du Haut conseil de République (HCR), le parlement de transition, enlevant tout crédit à cette élection.

Même le taux de participation officiel au scrutin, estimé à près de 60% de l’électorat ne  le convainc pas.


 Ce scrutin, dit-il, pose beaucoup de questions devant lesquelles on voudrait que « les autorités religieuses restent muettes comme des chiens qui ne savent pas aboyer pour signaler des dangers... » 

Loin d’une prise de position partisane, l’ancien archevêque de Lomé estime que « L’Eglise est de nature charitable, neutre et apolitique. Mais lorsqu’il est avéré que ceux qui incarnent le pouvoir oppriment le peuple des pauvres et des faibles, alors ses évêques sont tenus de prendre fait et cause pour ce peuple opprimé, réduit à la misère et dont les droits les plus élémentaires sont bafoués, comme l’a fait le Christ lui-même en faveur des pauvres contre les riches et les puissants de son époque ».


UNE PILE DE QUESTIONNEMENTS SUR LES LEGISLATIVES DE 2018


Quant aux  élections législatives du 20 décembre 2018, elles posent, selon le prélat,  un certain nombre de questions, à savoir ;

Comment se peut-il qu’un scrutin législatif boycotté par une frange significative du corps électoral, transcende l’arithmétique ainsi que les réalités politiques partisanes pour atteindre un taux de participation national se hissant à près de 60% alors que dans le même temps et dans le même espace national, les formations politiques issues de l’opposition demeurent majoritaires dans le pays et sachant que le regroupement qui les porte a appelé au boycott ?

Comment se peut-il que des mouvements associatifs prétendument indépendants, procédant d’une création ex nihilo et dont la plupart restent inconnus du grand public puissent en un temps extrêmement restreint, convaincre les électrices et les électeurs et recueillir comme par effet magique, un si grand nombre d’élus prétendument  « indépendants » ?

À la faveur de l’honnêteté qui nous oblige, nous déclarons que dans l’histoire de la vie politique du Togo, c’est la première fois que des soi-disant "indépendants" dont nul n’ignore l’évidence de leur affiliation partisane, soient en si grand nombre, représentés à l’Assemblée nationale, qui plus est, totalisant un nombre plus élevé de députés que l’ensemble des partis politiques hormis le parti au pouvoir.

Comment apprécier du sérieux et de la crédibilité de ce scrutin législatif dont un faisceau d’indices concordants interroge relativement à son impartialité, à sa régularité et à sa sincérité ? 

Comment expliquer que la CEDEAO, dont la mission d’observation électorale, en réalité une mission de figuration, s’est cantonnée uniquement dans la seule région maritime (semble-t-il), puisse venir délivrer sous le couvert d’une très improbable bonne foi, un satisfecit
global relativement à ce scrutin législatif ?

En dépit des déclamations pérorées par des organisations sous régionales et continentales (somme toutes décevantes) s’agissant d’une apocryphe régularité du scrutin législatif du 20 décembre 2018, le peuple souverain togolais dans son ensemble, a une autre lecture des résultats proclamés en ce qu’ils sont intrinsèquement très éloignés de la réalité.

En vérité, relate, le prélat, nous nous retrouvons en présence d’une Chambre Parlementaire quasi monocolore, et cela est un mauvais signal dans le grand projet national de recherche d’une solution consensuelle à la crispation politique qui plombe l’avenir de notre pays le Togo.

A ce niveau l’ancien président du HCR s’interroge sur la bonne foi de ceux qui animent la vie des institutions que l’on désigne sous le vocable de "communauté internationale", elles qui sont censées jouer le rôle de garant des droits des peuples et de l’homme, ainsi que des valeurs et principes moraux ? 

En quoi peut-on reconnaître encore aujourd’hui la crédibilité des Nations-Unies et autres instances analogues y compris la CPI dont les piètres prestations défraient la chronique, de par le monde ?
Devrions-nous nous résoudre à croire définitivement que c’est une vérité de la Palice que de dire « c’est les intérêts qui gouvernent le monde » ?
Qu’il n’y a plus d’instances d’arbitrages supranationales dignes de ce nom et donc incorruptibles ?

« Le vieux prélat moribond que je suis se permet d’élever, du haut de cette tribune, une vive protestation contre ces pratiques avilissantes dignes d’une époque révolue et donne un géant carton rouge à toutes les institutions qui se
reconnaissent sous le vocable de "communauté internationale », insite-t-il.

LA QUESTION DES REFORMES UNE PREOCCUPATION

Pour avoir été à la tête du parlement qui élaboré et adopté la Constitution togolaise, les questions des réformes institutionnelles et constitutionnelles préoccupent au haut point à l’ancien président du HCR. 


À présent que UNIR concentre entre ses mains la totalité des moyens pour conduire ces réformes attendues par le peuple togolais, il lui revient, dit Mgr KPODJRO de mener les modifications constitutionnelles et institutionnelles de manière républicaine, car la majorité du peuple togolais aspire à une alternance pacifique, à très brève échéance. « J’interviens d’ores et déjà en conséquence sur ce point capital, en insistant sur la nécessité de rétablir l’article 59 de la constitution de 1992 dans sa version originelle tel que l’a voulu le constituant et tel que l’a disposé le peuple togolais à travers le référendum plébiscitaire du 27 septembre 1992 : « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats ». Cet article, révèle-t-il, est le fruit, le produit fini des réflexions laborieuses d’éminents juristes et compatriotes togolais parfaitement au fait de nos réalités sociales, sociologiques, psychologiques et politiques qui se sont ainsi exprimées se fondant sur notre passé commun, pour construire les fondements de notre vivre ensemble et projeter la trajectoire de notre démocratie fondée sur des règles d’une alternance paisible loin de toute velléité de conservation du pouvoir au-delà du nombre de mandat constitutionnel requis.


Il plaide aussi pour la libération des détenus politiques dont notamment le petit frère consanguin du Président de la République, Kpatcha Gnassingbé qui va totaliser en avril 10 ans de prison, de Foli Satchivi, premier porte-parole du « Mouvement en aucun cas ».



Po/20/01/19





Francine DZIDULA





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