COMMENT EMPECHER L’ANCIEN MINISTRE FRANÇOIS BOKO DE RENTRER AU TOGO EN AMONT DE LA PRESIDENTIELLE DE 2020 ?




C’est un cas d’école. Un must archétypal qui mériterait de figurer en bonne place dans tout manuel du parfait petit despote, dans tout traité de pluralisme en trompe-l’œil, dans tout recueil détaillant le Top-10 des simulacres démocratiques. Rien n’y manque. Ni le cynisme, ni la duplicité, ni ce machiavélisme un rien trivial en vogue sous les dorures de tant de palais subsahariens.

L’énoncé de l’exercice soumis aux apprentis-satrapes pourrait être formulé comme suit : « Soit un ancien ministre exilé en Europe depuis une quinzaine d’années et désireux de rentrer au pays afin de briguer la magistrature suprême à la faveur du prochain scrutin présidentiel. Comment saborder ce dessein tout en feignant de l’avaliser ? Le candidat s’attachera à détailler les procédés qu’il juge les plus performants en la matière. Vous avez 30 minutes. »

A vrai dire, il n’en faut pas davantage. Emprunté à l’amicale des chefs d’Etat sortant nullement disposés à sortir, le corrigé de ce galop d’essai tient en peu de mots. Le voici :

- Assurer l’intéressé et ses émissaires de sa bienveillance. Invoquer au passage une adhésion inébranlable aux valeurs de fraternité, de dialogue et de cohésion nationale. Une touche affective, avec allusion à l’amitié ancienne hélas diluée par l’éloignement et la fuite du temps, impressionnera favorablement les correcteurs (trémolos vocaux recommandés).

- Saborder les modalités pratiques du retour, quitte à mobiliser l’essentiel des ressources -réputées inépuisables- d’un appareil bureaucratique docile et frileux. En clair, entraver la délivrance du nouveau passeport et l’octroi du certificat de nationalité, tout en veillant à ce que l’autorité censée mettre en musique les garanties de sécurité promises au revenant se dérobe. Prétexte avancé : l’absence d’instructions venues d’en-haut.

- Jouer la montre. En clair, faire en sorte que les embûches semées sous les pas de l’importun l’empêchent de fouler le sol natal avant la date-butoir légale, étant entendu que tout prétendant au trône républicain doit avoir résidé au pays dans l’année précédant l’échéance électorale. Au besoin, inviter la Cour constitutionnelle, connue pour sa souplesse d’échine, à plancher sur un éventuel avancement du jour où les compatriotes seront conviés à accomplir leur devoir civique. On n’est jamais trop prudent.

- Exhumer, avec le concours de médias locaux zélés, une obscure plainte pour « désertion » datant paraît-il de 2005, histoire de faire planer le risque d’une arrestation instantanée, au cas où le rival persisterait dans son projet de come-back.

Ce vadémécum retors n’a rien de fictif. Il ne sort pas de l’esprit, au mieux fertile, au pire détraqué, de l’auteur de ces lignes, mais s’inspire des mésaventures de l’avocat François Boko, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation du Togo entre 2002 et 2005.

Fils et héritier, au prix d’élections calamiteuses, de Gnassingbé Eyadema, qui régenta à la cravache trente-huit années durant ce petit pays ouest-africain d’à peine huit millions d’âmes, coincé entre le Bénin et le Ghana, Faure Gnassingbé n’a aucune envie de voir débouler dans l’arène un trublion, susceptible de lui disputer l’électorat nordiste. Pour l’anecdote, une poignée de kilomètres séparent son fief familial de Kara de Tchitchao, village natal du Saint-Cyrien Boko.

Las du vain marathon politico-juridique amorcé voilà cinq mois, le camarade de promotion de François Lecointre, chef d’état-major des armées, prendra place après-demain, jeudi 28 mars, à bord du vol Air France Paris-Lomé. Advienne que pourra à l’atterrissage. Prend-il un risque ? « Oui, glisse-t-on à l’Elysée, où l’on suit ce bras-de-fer avec attention. Mais en l’interpellant à l’arrivée, le pouvoir togolais en prendrait un aussi. Que chacun assume ses responsabilités. »

Un anachronisme françafricain -et galonné lui aussi- plane sur ce jeu de dupes. Tout indique que l’ex-général Raymond Germanos, « conseiller spécial » de Faure depuis octobre 2013, manœuvre dans la coulisse de l’opération TSB (Tout sauf Boko). Ainsi, près de six décennies après l’indépendance, un ancien cinq-étoiles tricolore, qui fut chef du cabinet militaire de deux ministres de la Défense, directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale et Inspecteur général des Armées, s’emploie à torpiller un hypothétique gage d’ouverture. Il est vrai que l’homme n’est plus à une turpitude près. En avril 2010, il s’est vu condamner à dix mois de prison avec sursis pour détention de milliers d’images pédopornographiques. Rien à voir ? Soit, à une nuance près : on a l’entourage qu’on mérite.


Po/06/03/19

Vincent Hugueux

scoopinfotg@gmail.com

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