FABRE veut un 28ème dialogue


                                                                            (photo de famille à l'ouverture du dernier dialogue inter-togolais)

Au moment où l’opposition togolaise traverse l’une des mauvaises passes de son histoire récente et que l’élection législative qui découle du  dernier dialogue inter-togolais, a laissé un goût amer de déception au sein des militants acquis à la cause de l’opposition, Jean-Pierre FABRE, le chef du principal parti de l’opposition togolaise croit toujours à la vertu du dialogue.

Combien de dialogue va connaitre le Togo avant que la sempiternelle crise qu’il traverse ne trouve solution, aurait-on envie de s’exclamer à la suite de la nouvelle offre de dialogue faite par Jean-Pierre FABRE. Le Togo qui détient le record de dialogue politique va-t-il connaitre un autre ? Le 28 ? Rien n’est moins sûr, même si c’est le vœu du principal parti de l’opposition qui vient de saisir le chef de l’Etat à ce propos.

Selon un communiqué du « parti orange », le président national de l’ANC, a saisi le chef de l’Etat, par courrier en date du 24 septembre dernier, lui demandant d’instruire le gouvernement à ouvrir un nouvel round de dialogue avec l’opposition, dans les meilleurs délais, sur l’organisation de l’élection présidentielle dont la date n’est pas encore fixée mais qui devrait se tenir probablement avant fin avril prochain.

Mais avant d’avoir la réponse à son courrier, Jean-Pierre FABRE sait déjà ce que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en pense. Elle qui vient de décider dans le cadre de la révision des listes électorales d’un appel au recrutement des Opérateurs de saisie. Or selon l’ANC, la CENI et ses démembrements, de même que le fichier électoral, la composition de la Cour constitutionnelle (qui devrait en recomposée au terme de la feuille de route de la CEDEAO mais laissée en suspense), l’authentification des bulletins de vote, la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote et l’observation électorale devraient faire partie des sujets à discuter par le dialogue qu’appel de ses vœux Jean-Pierre FABRE. 

Au Togo, en moyenne une année et demie, les acteurs politiques du pays  dialoguent mais ces différents dialogues ne permettent pas d’éviter des violences qui découlent des élections présidentielles qui cristallisent beaucoup d’ardeur. Et chaque processus électoral renoue avec le cycle infernal d’élections-violences-dialogue. 

Si l’opportunité de ce énième dialogue est admise par le chef de l’Etat, très souvent qui devrait y participer est également une paire de manche. Très souvent cette question a  divisé la classe politique, surtout que cette fois-ci, le parti qui fait l’offre du dialogue n’est pas présente au parlement, lui qui par le passé avait exclu certains partis des précédents dialogues ou de la CENI et qui, aujourd’hui se retrouvent au parlement et ces derniers devraient de facto choisir les partis à siéger à la CENI au  rang des partis extra-parlementaires. Une pilule qui sera difficile à avaler à l’ANC. Et donc, l’enjeu de cette demande de dialogue est qu’à la sortie du dialogue, l’ANC se retrouve dans la CENI. Car pour cette formation, il sera inadmissible qu’en tant que principal parti de l’opposition être exclu de la CENI. 

L’autre aspect de ce dialogue qui ne manquera pas de faire couler de salive et d’encre sera inévitablement le problème de  facilitateur. Faut-il qu’il soit un étranger ou un Togolais. La dernière option avait été rejetée par l’opposition lors du dernier dialogue. Les derniers facilitateurs dans la crise togolaise, les présidents ghanéen Nana-Akuffo ADDO et son homologue guinéen le professeur Alpha KONARE, mandatés par l’institution sous régionale, la CEDEAO, sont arrivés à terme de leurs missions et leurs pays aussi sont à la veille des élections majeures, ne sont pas disposés de nouveau à mettre leurs pieds dans le bourbier togolais.

On peut tout de même se réjouir que pour ce dialogue des préalables n’avaient pas été posés. Mais il est à craindre que le chef de l’Etat y réponde favorablement. En effet, le parti au pouvoir depuis la dernière législative duplique les mêmes erreurs qu’il a toujours commises et qui sont à la cause du soulèvement d’août 2017 avec la même arrogance déconcertante qui a toujours fait le lit des mécontentements dans le pays. Il  croit que comme il n’y a plus de manifestations publiques la crise est derrière lui or des solutions n’ont pas été trouvées aux préoccupations de la grande majorité de la population. Et continuer par faire la politique de l’autruche finira par l’emporter un jour si le pouvoir ne tend pas la main à son opposition car en politique on ne terrasse pas son adversaire complètement  car quand on sait que l’adversaire est affaiblit, est à terre on lui tend la main.

Même si la dernière présidentielle n’a pas connu de violence redoutée, il est bien qu’on prépare la prochaine sur une base consensuelle. Pour cela  un nouveau dialogue ne sera pas de trop.

RAPPEL DES DIFFERENTS DIALOGUES INTER-TOGOLAIS DEPUIS 1990

1.     Négociations FAR / Gouvernement, mars-avril 1991 qui mit fin à la 1ère grève illimitée et annonçant le principe de la tenue de la conférence nationale.
2.     Conférence nationale, juillet – août 1991 autoproclamée souveraine et engendrant l’Acte 7 qui sera considéré comme acte constitutionnel pour la période de transition.
3.     Nouveau Contrat social, 30 décembre 1991.
4.     Commission mixte paritaire : 28 juillet 1992 qui aboutit à l’Accord paritaire du 24 août 1992 qui induit un Acte 7 modifié dont la teneur est, entre autres :
  • Prolongation de la période de transition ;
  • Présidence des Conseils des Ministres par le Chef de l’Etat ;
  • Possibilité pour le Président de se porter candidat aux présidentielles sans avoir besoin de démissionner de l’armée.
5.     Négociations de Colmar, 8 février 1993 qui finissent par un échec, notamment sur la question du cantonnement des forces armées hors de la ville de Lomé tel que exigé par l’opposition.
6.     Accords de Ouagadougou (1 et 2), mars –juin 1993 sans aucun résultat probant.
7.     Accord Gouvernement/Opposition sous les auspices du Président Compaoré signé, le  11 juillet 1993 à l’aéroport de Lomé, et qui fixe au 25 août la date de l’élection présidentielle en violation des articles 64 et 153 de la constitution du 14 octobre 1992 qui disposent que  l’élection présidentielle devait être précédée des élections législatives.
8.     Négociations RPT/CAR/UTD, avril – mai 1994 à la suite de la tenue des élections législatives et ayant conduit à la constitution du Gouvernement KODJO 1.
9.     Accord RPT/Opposition, pour l’organisation des élections présidentielles de juin 1998.
10.                       Dialogue inter-togolais 1, ouvert le 19 juillet 1999, il aboutit à la signature de l’Accord-Cadre de Lomé (ACL), le 29 juillet 1999 avec la mise en place d’un Comité paritaire de suivi.
11.                       22 engagements Gouvernement/Union Européenne, 14 avril 2004.
12.                       Accord Politique de Base (APB), 14 juillet 2006 ouvrant la voie à la tenue du second dialogue inter-togolais.
13.                       Dialogue inter-togolais 2, du 21 avril au 06 juillet 2006 conformément aux 22 engagements souscrit par le gouvernement le 14 avril 2004 à l’issue des consultations avec l’UE. Il aboutit à la signature à Lomé de l’Accord Politique Global (APG), le 20 août 2006. Cet accord prévoit un Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC).
14.                       Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC), travaux en mars 2009.
15.                       Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation rénové (CPDC), constitué sur la base du Décret du 14 septembre 2012 afin d’ouvrir le cadre aux partis politiques extra-parlementaires. Il a, notamment débattu et fait des propositions de réformes sur le régime politique, la nomination et les prérogatives du Premier ministre, les conditions d’éligibilité du Président de la République, la durée et la limitation du mandat présidentiel, le mode de scrutin, l’institution du Sénat et la réforme de la Cour Constitutionnelle.
16.                       Accord de gouvernement RPT–UFC, signé par Esso SOLITOKI, représentant Faure GNASSINGBE et le régime RPT, et Gilchrist OLYMPIO, premier responsable de l’UFC (26 mai 2010) ;
17.                       Discussions Gouvernement/Partis parlementaires, février – mars 2012.
18.                         Dialogue Togotélécom 1 entre les partis parlementaires RPT – UFC – CAR (mars 2012) ;
19.                       Discussions Gouvernement/Collectif Sauvons le Togo (CST) et Coalition Arc-en-ciel, à la suite des rencontres le 14 juin puis du 5 au 9 juillet 2013 au siège de la Conférence Episcopale du Togo sous la médiation de Mgr Barrigah  en présence de S.E.M. Robert Withead, Ambassadeur des Etats-Unis au Togo. Les travaux ont porté sur les mesures d’apaisement politiques et l’amélioration du processus électoral.
21.  Dialogue Togotélécom 2 entre CST – Coalition Arc-en-ciel – RPT/IJNIR sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles (mars 2014) ;
22.  Dialogue interparlementaire CAR – ADDI – ANC – RPT/UNIR – UFC sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles (janvier 2015) ;
23.  Dialogue RPT/UNIR – opposition togolaise sous l’égide de l’OIF, du groupe des ambassadeurs dit des 5
24. Feuille de route de la CEDEAO

Francine DZIDULA
E-Mail : togoscoop@gmail.com

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