Multiplication de candidature : Et si on recourrait au parrainage ?




A quelques mois de l’élection présidentielle de l’année prochaine, déjà une dizaine de candidatures a été déclarées. Et d’autres candidatures sont annoncées dans les prochains jours. Le Togo qui, généralement est coutumier de candidature réduite pour ce scrutin (le record jusque-là est à l’actif de la présidentielle de 2010 qui a enregistré sept candidatures) est en passe d’être battu. Le moins qu’on puisse dire est que le retour au mode de scrutin uninominal à deux tours et le financement public de la campagne électorale suscitent l’appétit chez les potentiels candidats. Ainsi les candidatures se multiplient, les uns plus farfelues que  les autres, pas dans le but de remporter le scrutin, comme en témoignent les déclarations de certains candidats. Le but de ces candidatures est de faire des « affaires ». Oui, se partager le financement public. Une situation qui, si on n’y prend pas garde, risque à cette allure de dévaloriser la fonction présidentielle. 

Le Togo a besoin de réformes en profondeur pour asseoir une base saine et durable de sa démocratie. Il est donc important pour la prochaine mandature la question des réformes soient au centre de ce mandat. L’élection présidentielle étant très importante dans la vie d’une nation comme la nôtre. Il urge qu’on procède à une révision de la loi électorale pour y introduire des critères de validation de candidature afin que tout quidam ne se présente à cette élection et faussant ainsi le choix des électeurs. 
 
Modalités du parrainage

Ainsi toute candidature à une élection, présentée par un parti politique légalement constitué, par une coalition de partis politiques légalement constitués ou une entité regroupant des personnes indépendantes sera astreinte au parrainage par une liste d’électeurs. A défaut, si on suppose que pour les partis politiques avant leur création, ont eu à présenter une liste de militants dans un certains nombres de préfectures, le parrainage doit être exigé pour les candidats indépendants. 

Les modalités du parrainage doivent être définies par la loi. Au Sénégal, par exemple, le nombre de signatures exigées est variable selon le type d’élections. Pour l’élection présidentielle par exemple,  « le nombre de signatures exigées est de 0,8 % au minimum et 1 % au maximum des électeurs du fichier général ». Une partie de ces signatures doit obligatoirement provenir de « 7 régions (sur les 14 que compte le Sénégal) à raison de 2.000 au moins par région, le reste réparti, sans quota, partout dans le pays et à l’étranger ».

La loi dispose que chaque candidat ou liste de candidats doit désigner un coordonnateur national, des délégués régionaux et des collecteurs ainsi que leurs suppléants. Ces derniers peuvent être désignés au niveau de la préfecture ou de la commune. La collecte se fait sur la base d’une fiche dont le modèle sera fixé par arrêté du Ministre de l’Administration territoriale.

La loi précise que « dans une élection, un électeur ne peut parrainer qu’un candidat ou une liste de candidats et qu’une seule fois ». Toutefois « la collecte de parrains est interdite dans les cantonnements militaires, paramilitaires, dans les services militaires, paramilitaires ainsi que dans les établissements de santé sous peine des sanctions ».

Dans le cas d’une présence sur plus d’une liste, le parrainage sur la première liste contrôlée, selon l’ordre de dépôt, est validé et est invalidé sur les autres. Toutefois, si du fait de cette invalidation, une liste n’atteint pas le minimum requis des électeurs inscrits au fichier et ou le minimum requis par région et par commune, notification en est faite au mandataire concerné. Celui-ci peut procéder à la régularisation par le remplacement jusqu’à concurrence du nombre de parrainages invalidés pour ce fait dans 48 heures.

Avis des experts

Toutefois pour Gilles YABI, fondateur du Think tank citoyen de l’Afrique de l’Ouest,  a relevé que « la bonne réponse au problème de prolifération des partis et des candidats ce n’est pas une seule mesure de type parrainages ou une caution financière élevée comme au Bénin ». Il  propose plutôt « un ensemble de réformes institutionnelles visant à changer le système et les pratiques politiques ».

Mathias HOUNKPE, administrateur du Programme de gouvernance politique à Osiwa estime pour sa part que, « dans l’absolu le parrainage est un système démocratique de sélection des candidats, puisqu’il est supposé être un indicateur de l’envergure d’un candidat au sein du peuple ».

Il souligne toutefois que « dans certaines conditions, le parrainage peut devenir contre-productif. Si par exemple, les électeurs et/ou les élus peuvent être facilement achetés, le parrainage ne sera rien d’autre qu’une foire aux enchères, où c’est celui qui a le plus de ressources qui l’emporte ». Dans ce cas, ajoute-t-il « il ne s’agit ni plus ni moins que d’une autre forme de système politique où se sont ceux qui ont le plus d’argent qui gouvernent ».

Dominique GELY, diplômé en droit public et en administration locale et auteur du livre Le Parrainage des élus pour l’élection présidentielle, a soutenu, quant à lui, que « toute procédure de désignation des candidats à l’élection présidentielle par les électeurs régulièrement inscrits sur les listes électorales contribue à renforcer la démocratie et l’implication citoyenne dans la vie politique ».

Pour lui, le parrainage comme « procédure de désignation ne vient pas en concurrence avec la procédure de vote ». « Elles se complètent dans des temps politique et juridique différents. Autant le vote est secret, autant la désignation d’un candidat doit être publique et transparente », a-t-il relevé.

Il a fait remarquer, en outre, que « l’élection du chef de l’Etat (peu importe, le pouvoir que lui confère la Constitution) est la seule élection uninominale et nationale (une seule circonscription, l’Etat tout entier), elle requiert donc un débat serein et égal entre les candidats ». A ses yeux donc, la multiplication des candidatures peut nuire à la sérénité du débat entre les candidats. Dès lors, a-t-il conclu, « malgré son côté, que d’aucuns ont qualifié, d’antidémocratique, la procédure de parrainage me parait nécessaire ».
De toutes les façons, le Togo doit trouver la voie pour réduire le nombre de candidature à l’élection présidentielle. L’une des pistes à exploiter est le parrainage des candidatures.

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