Présidentielle 2020 : Faure GNASSINGBE entre le marteau de ses partisans et l’enclume de la communauté internationale



A mesure qu’on s’approche de la date butoir du 08 janvier 2020 pour le dépôt de candidature de l’élection présidentielle de l’année prochaine, la pression s’accentue sur l’actuel chef de l’Etat, Faure GNASSINGBE qui, a déjà  passé trois mandats à la tête du Togo et qui, entend briguer encore un autre suffrage à la magistrature suprême.

 Il n’est pas bien ces derniers temps d’être Faure GNASSINGBE. A moins de trois semaines de l’échéance du dépôt de candidature à ce scrutin, le fils à Eyadema subit d’énormes pressions. Il est ballotté. Faure GNASSINGBE se trouve actuellement entre le marteau de ses partisans et l’enclume de qu’en dira la communauté internationale.  Son  énième candidature passe mal dans une nouvelle Afrique de plus en plus réfractaire aux règnes monarchiques. Or, il bat avec son géniteur le record de longévité au pouvoir en Afrique. La famille GNASSINGBE à son actif plus d’un demi-siècle à la tête du Togo.

LES MILITANTS S’IMPATIENTENT

Le malaise de sa candidature est partagé par ses partisans qui, chaque semaine, manipulés par Faure lui-même, multiplient des gestes envers leur « champion » pour le supplier à aller à l’abordage. Ils savent que cette candidature même si la constitution le lui permet n’est pas bien vue surtout que l’actuel locataire du Palais de Lomé 2 s’est toujours fait passer comme la face policée des enfants d’Eyadema. Et donc les gesticulations de ses partisans sont faites à dessein. C’est une manière de tâter le terrain, voir la réaction de l’opinion à une éventuelle candidature de Faure avant qu’il ne se lance. Puisqu’en principe, ils savent, si cette candidature est normale, ils n’ont pas besoin de faire tout ce bruit avant de désigner leur candidat. Ils feront ce que font tous les partis normaux, c'est-à-dire, organiser une convention ou un congrès du parti au cours duquel le porte-étendard sera élu ou désigné. Mais comme la situation de leur candidat est particulière ce boucan est fait pour préparer l’opinion.

Mais ce faisant ils mettent la pression sur Faure puisqu’il c’est à lui qu’appartient en dernier ressort d’accepter ou non cette sollicitation de ces partisans. Les déclarations politiques du Secrétaire exécutif du parti présidentiel, Atcholi AKLESSO, à Blitta, disant  « nous n’avons  pas besoin que notre candidat naturel dise oui » ou de Robert DUSSEH, le ministre des affaires Etrangères « Je ne vois pas comment il ne peut ne pas être candidat », doivent être prises comme telles, sur l’aspect politique. Puisqu’il appartient au candidat d’accepter cette sollicitation. Car une élection présidentielle, est avant tout, selon la mythologie gaullienne, la rencontre d’un homme et d’un peuple. Et donc cette prétendue rencontre accrédite l’idée d’un lien direct entre le candidat et les Togolais, loin du régime des partis politiques.  Dans ce cas, il est primordial, que le candidat accepte. Ce n’est qu’après que sa candidature est déposée.

L’OPPOSITION ET LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE HOSTILES

C’est là où se trouve le dilemme de l’actuel chef de l’Etat qui a déclaré, en Allemagne, il y a trois ans, que pour l’avancée de la démocratie sur le continent, il faut que le mandat présidentiel soit limité à deux voire trois. Cette déclaration du président Faure GNASSINGBE, trouve aujourd’hui écho favorable auprès de l’ancien président béninois, Nicéphore SOGLO qui cette semaine, déclarait chez nos confrères de RFI, à propos de la crise guinéenne, qu’il faut mettre fin à « la comédie » sur le continent.
 « Il faut que chacun prenne conscience que la période des monarchies qui ne disent pas leur nom est révolue parce que nous connaissons la musique ».

Cette déclaration de l’ancien président béninois tombe mal pour le locataire de Lomé 2 au moment où il s’apprête à déclarer sa candidature. Même si à première vue le natif de Badou, (SOGLO est née au Togo de mère togolaise) s’adresse à Alpha CONDE de la Guinée, sa sortie s’adresse également à tous les chefs d’Etat africains qui s’accrochent au pouvoir. Si sa déclaration vaut pour un CONDE qui veut faire un troisième mandat, il vaut encore plus pour quelqu’un qui veut en faire un quatrième.  

« On a un chef d’Etat qui fait une nouvelle constitution et fait comme si de rien ne s’était passé avant. Cela, c’est terminé, cette comédie-là », a encore souligné l’envoyé de la CEDEAO dans la crise guinéenne.   On se rappelle que la candidature de Faure GNASSINGBE avait fait achopper la médiation ouest africaine (d’Alpha CONDE et Nana AKUFFO-ADDO) sur la crise togolaise. Faure GNASSINGBE souhaitait se représenter pour une quatrième fois, ce que l’opposition avait refusé.

« C’est trop facile aujourd’hui de dire que les trois mandats exercés ne comptent pas. Faure GNASSINGBE se trompe. On n’acceptera jamais qu’il se représente en 2020 », avait soutenu l’ex chef de file de l’opposition Jean-Pierre FABRE.

« C’est vraiment immoral, c’est une escroquerie politique. S’il maintient cette position, il manque profondément d’éthique. Il est le seul à pouvoir faire le choix de sortir par la grande porte ou par la petite porte », avait argumenté pour sa part la Coordinatrice de la C14, Mme Brigitte Kafui ADJAMAGBO-JOHNSON.

Aujourd’hui encore, Faure sera seul à faire de nouveau le choix de se présenter ou non aux suffrages des électeurs en 2020. Au moment où Paul KAGAME malgré tout le bien qu’on parle de lui renonce à un quatrième mandat, Faure GNASSINGBE sera face à son destin. Il ne lui reste plus beaucoup de temps. Il doit trancher pour une fois de bon ce débat. Très souvent donnant l’impression qu’il n’est pas intéressé, ni mêlé à ce débat et que c’est l’armée qui l’oblige, Faure GNASSINGBE doit désormais faire face à sa responsabilité d’homme d’Etat soucieux de l’intérêt du pays. C’est en cela sa décision est très attendue. 

Le Togo reste le seul pays en Afrique de l’ouest à n’avoir pas connu l’alternance. Depuis 1967 à 2020, soit 53 ans, le pays est dirigé par une seule et même famille.

Francine DZIDULA
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