Ce que j’ai vu en ce temps de confinement à Lomé



En cette temps de confinement, j’ai pris l’habitude de sillonner les soirs mon quartier avant le début du couvre feu. Il y a cinq jours, la semaine dernière une scène m’a touché.

En ce début de soirée, une voiture de la gendarmerie gara devant une table de revendeuse de carburant frelaté ce que nous appelons ici « boudè » et ramassa toutes les bouteilles qui se trouvaient sur la table. J’observais la propriétaire de ces bouteilles, une dame, visiblement la cinquantaine, sans bronché, immobile, regarda au moins une dizaine de minutes en direction de la voiture qui venait de démarrer. Et d’un seul coup elle défait et renoua son pagne. Ensuite, elle rentra dans la rue adjacente, quelques minutes plus tard elle revient avec plus de bouteilles que celles qui avaient été emportées et les exposa de nouveau sur la table avant de remettre le reste dans un sac pour les cacher un peu plus loin.

Vendredi dernier, la même scène s’est encore reproduite. Les éléments de la « brigade anti carburant frelaté » ont encore visité la dame. Cette fois-ci la brigade a non seulement emporté les bouteilles sur la table mais je ne sais pas quelle alchimie, ces éléments ont su que la dame cachait le reste des bouteilles dans un sac dans la rue attenante, ils sont allés prendre également ce sac. 

Comme toujours cette femme n’opposa aucune résistance. La seule résistance qu’elle opposa est le silence.

Hier, j’étais encore passé j’ai encore vu cette dame à son poste. Ce matin, j’y fais un tour je ne l’ai pas vu. 

Pourquoi je vois raconte cette histoire. Ce qui m’a le plus touché dans cette scène est la détermination de la femme malgré qu’on lui prenait tous les jours ses bouteilles de carburant, le lendemain elle est toujours présente au poste avec plus de détermination, plus de bouteilles. Cette femme est le symbole de la femme togolaise, battante, endurante pour le bonheur de ses progénitures. Elle n’est pas prête à abandonner son activité parce que des soldats emportaient son article. C’est cette endurance, cette détermination que j’apprends de cette histoire, ne jamais baisser les bras quels que soient les obstacles que nous rencontrons sur notre chemin. Il faut comme cette dame remettre toujours les bouteilles sur la table.

Mais au-delà, cette histoire m’a fait réfléchir en même temps à la décision du gouvernement d’interdire les taxis moto dans la ville sans mesure d’accompagnement. Plusieurs de ces conducteurs, des pères de famille, sont dans le cas de cette dame, ils ne peuvent pas abandonner leur activité sans qu’on ne leur propose ou leur donne autre chose à faire. Il appartient à nos autorités en cette période très sensible de mûrir leur décision de suspension de cette activité avant son application. Il en va de la survie des milliers de nos concitoyens qui vivent au jour le jour.

@lbertusak         
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