Reprise des cours: L'objectif, Sauver l'année scolaire




« A vos masques, prêts, partez » ! C’est parti pour 4 à 6 semaines de cours. Après 86 jours passés à la maison en raison des mesures de lutte contre la pandémie à coronavirus, les élèves et enseignants des écoles publiques et privées du Togo des classes d’examen (CEPD, BEPC, BAC1, Bac, CAP, BTS, …) ont repris les cours ce lundi 15 juin 2020 sur toute l’étendue du territoire national. C’est la première fois dans l’histoire du pays que non seulement les élèves reprennent le troisième trimestre après avoir observé une pause de trois mois mais encore c’est la première fois qu’ils doivent tous porter un masque pour éviter de contracter ce virus qui fait des ravages en ce moment dans le monde.


« Prenez vos distances aujourd’hui pour être ensemble demain. Je respecte la distanciation sociale, c’est pourquoi je parle fort, je ne circule pas dans les rangées (...) Celui qui porte son masque et il voit qu’il n’arrive pas à bien respirer il sort dehors, il enlève son cache-nez », tels sont les premiers mots de M. Kinéabalo SIMYELE, professeur de mathématiques au lycée Bè-Klikamé quand nous l’avons surpris ce matin en train de dispenser le cours dans la classe de 3ème dans cet établissement public.



Dans la cours de l’établissement, deux dispositifs de lavage de main sont disposés, tous ceux qui entrent dans l’établissement sont conviés à respecter ce geste qui est presque rentré maintenant dans les habitudes des populations : le lavage des mains. 


De même, chaque élève avait son cache-nez. « Les masques m’indisposent », précise toutefois Abidé, une asthmatique, élève en classe de 1ère qui est venue avant de se rendre compte que c’est dans l’après-midi qu’ils ont cours.  


Mais M. SIMYELE est claire pas de masque sous menton. « Si je vois quelqu’un  mettre son masque sous le menton, je prends mes effets et je rentre parce que je suis important pour mon village qui a cotisé que je sois ici », dit-il de façon ironique.


Pas de temps à perdre, les enseignants et apprenants sont rentrés dans le vif du sujet. Ils ont au maximum selon le gouvernement que 6 semaines de cours à faire, et donc il faut aller à l’essentiel. « Si nous sommes là, continue le professeur de mathématiques, c’est pour réviser. Heureusement que dans votre classe nous avons fait le maximum du programme. Et donc nous allons réviser.  Pendant la pause, il y avait certains (NDLR : camarades) qui m’avaient écrit pour me dire les difficultés qu’ils rencontraient dans la résolution de certains exercices, je vais reprendre ce matin du premier chapitre au dernier les choses importantes : les propriétés, les définitions… »,  souligne ce jeune professeur à l’endroit des élèves visiblement attentifs.


Cette reprise des cours est saluée unanimement par les élèves qui se sont laissés gagner par la lassitude à la maison. « Je suis contente de retrouver  ce matin mes camarades et mon professeur », avoue Mlle MOUHAMADOU SAIDOU Ikilimatou, major de la classe de 3ème. Elle nourrit l’ambition légitime malgré l’année en demi-teinte de décrocher son brevet cette année. « Bien qu’on révise les cours, rester à la maison durant trois mois sans cours pour une classe d’examen ce n’est pas bon », conclut-elle.  


Dans le privé, la menace de boycott des cours couve



Dans les écoles privées aussi la reprise a été effective ce matin malgré la menace de boycott qui planait sur cette reprise. A l’école privée « Everest » située dans le quartier Bè-Klikamé tous les enseignants sont présents à leur poste ce matin. 


La seule classe de CM2 qui disposait d’un effectif de 52 élèves a été repartie en trois 4 classes en raison de 13 élèves par classes respectant les mesures de distanciation et surtout la disposition en Z recommandée.



« Nous avons dû confectionner un autre emploi du temps de telle sorte que si le groupe A fait la dictée les autres groupes aussi font la même chose puisque c’est la révision qu’on nous a demandé de faire. Cependant, dans certaines matières où ils n’ont pas atteint les 80% de cours  on va compléter », nous a confié le directeur de l’établissement M. HOLONOU Apédoh.


Un peu plus loin au Collège « Le Pont », l’Histoire et Géographie, la première matière du jour est en train de finir. Les professeurs malgré les difficultés du moment sont également présents. Contrairement à « Everest » où tous les enseignants intervenants ou non en classe d’examen sont présents, ici ne sont pris en compte dans la dispensation des cours uniquement que les professeurs qui interviennent dans les classes d’examen. Conséquence, l’emploi du temps de ces derniers est très chargé. Il couvre  du matin au soir avec des horaires supplémentaires pour ces enseignants. Malgré cela, ils ne réclament pas de disposition financière particulière pour ce volume horaire. « C’est notre participation à aider notre employeur et nous espérons qu’il comprendra notre bonne volonté à sauver l’année pour nos enfants. Nous pensons qu’il comprendra également l’effort que nous fournissons pour remplir sa part du contrat. En principe, nous devons pas être derrière lui. Nous espérons que le bon sens reviendra », confie M. AMOUZOUGAN Alfred.


Une crise sanitaire qui frappe de plein fouet les écoles privées déjà à l’agonie


Privés de salaire durant presque quatre mois, les enseignants du privé et confessionnel tire le diable par la queue. Une coordination regroupant 3 associations du secteur avait même menacé de boycotter la reprise.

Pour AMOUZOUGAN, « au cours de ces périodes de suspension des cours, nous n’avons pas été payés malgré cela nous avons repris ce matin. Mais nous nous sommes dit entre collègue que d’ici vendredi si rien n’est fait nous allons arrêter les cours ».



Pour certains promoteurs d’écoles privées, cette fermeture des salles de classe a impacté négativement sur les finances des écoles. Ils ne peuvent plus réclamer les frais de scolarité des élèves qui ne sont pas dans les classes d’examen et qui ne viendront plus à l’école. De même, les frais de scolarité des élèves des  classes d’examen ne peuvent pas subvenir à tous les besoins des écoles y compris les salaires. Malgré cela certains établissements ont montré leur bonne volonté de satisfaire les enseignants qu’ils emploient. Tel est le cas de l’école « Everest ». « Pendant ces moments de suspension, chez nous le mois de mars a été entièrement payé. Et après négociation avec les enseignants  on a aussi payé une partie du mois d’avril et de mai raison pour laquelle tout le corps enseignant est présent ce matin », confie le directeur. 


Et de poursuivre que le problème est général mais « on gère et on espère que l’Etat fera un geste en direction des écoles privées ».


La gestion des récréations, un cache-tête chinois


Ici comme ailleurs, les mesures barrières sont respectées et le gouvernement a mis à disposition du chaque établissement privé des bavettes en raison de deux par apprenant et enseignant. Au cours de la réunion tenue avec les parents d’élèves avant la reprise, il leur a été demandé de préparer le goûter de leurs enfants avant qu’ils ne viennent. Ce matin le constat est que chaque élève avait son goûter dans son sac. « Pendant la récréation, ils sortiront par salle sous la surveillance du maitre titulaire et les autres maitres capables d’enseigner au CM2 pour prendre le déjeuner », explique M. HOLONOU.




Au collège « Le pont », il a été signifié aux élèves de prendre leur disposition avant de venir et les élèves ne doivent pas sortir hors de l’établissement aux heures de cours. 


Au lycée Bè-Klikamé, pour le moment aucune décision n’est prise s’agissant des récréations. Les bonnes dames revendeuses au sein de l’établissement sont présentes. 


Dans ledit établissement, tous les professeurs sont présents ce matin. Seuls quelques élèves manquent à l’appel. C’est l’option double flux qui a été retenue. Les classes de  troisième font les cours dans la matinée et les premières et terminales dans l’après midi. « Nous pouvons dire que les cours ont repris pour sauver l’année pour que les élèves puissent aller aux examens », a déclaré le proviseur du lycée M. MABANTEY N’Kynançois.



Le gouvernement a fait distribuer deux bavettes lavables par apprenant et enseignants. « Mais le dispositif de lave-main, c’est nous-mêmes qui l’avons acheté hier soir. On pensait qu’on devrait nous en fournir mais jusqu’à hier soir il n’y avait que 11 dispositifs pour beaucoup de lycées et établissements. On a favorisé les nouveaux établissements qui n’ont pas les moyens. On verra avec les parents s’il est possible d’en ajouter », précise le proviseur.


Pour HOUSIME Sènon, secrétaire général de la Fédération des syndicats de l’éducation nationale (FESEN) tout en se réjouissant de l’effectivité de la reprise, il a déploré le manque de dispositifs sanitaires dans les établissements scolaires. A cet effet, il a lancé un appel aux bonnes volontés à venir à la rescousse de l’Etat. « Tout le monde doit collaborer pour que la reprise soit effective et que nous puissions en même temps lutter contre la pandémie », souligne-t-il. 


Notons que c’est le 20 mars dernier que le gouvernement a fermé les établissements scolaires dans le cadre des mesures prises pour juguler la pandémie.



Albert AGBEKO

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