Reprise des classes : Certains établissements optent pour des cours à double flux

                                                            La devanture du lycée Bè-Klikamé



Tout doucement, les établissements scolaires du Togo, après plus de deux mois fermeture pour cause de coronavirus, s’apprêtent à rouvrir. C’est dans cette perspective qu’une note circulaire des ministres en charge de l’éducation a appelé le corps administratif et professorat à regagner leur poste cette semaine.


Au lycée d’enseignement général de Bè-Klikamé, ce vendredi matin, la direction a fait appel à certains élèves proches de l’établissement pour le dernier réglage des préparatifs de la reprise. Ainsi, les salles de classe sont balayées, dépoussiérées, les bancs disposés de façon à n’en contenir au maximum que 30 élèves par classe,  le surplus sont sortis et rangés.  



Les cours en double flux 


La veille, le conseil professorat qui a duré toute la matinée a permis aux enseignants de se mettre d’accord sur le nouveau emploi du temps. A l’issue de cette réunion, selon le proviseur, il a été décidé de faire deux flux de cours, c'est-à-dire qu’un groupe d’élèves viendra le matin de 08h à 12h, alors que le second groupe prendra le relève de 13h à 17h.  La raison de ce réajustement est que pour mettre en place ce nouveau dispositif de 30 élèves par classe, il faut au total 28 classes selon les prévisions de l’établissement or ce dernier n’en dispose actuellement que 18 classes. C’est pour combler ce manquant que ce réajustement a été fait.  Et donc 18 classes seront affectées au premier cycle de l’enseignement et 10 classes au second cycle.


« Puisque l’essentiel des cours sera axé sur les révisions, les enseignants qui n’interviennent pas dans les classes d’examen seront mis à contribution », souligne notre interlocuteur.

                                                       Le tableau des emplois du temps



Malgré tout, il est dubitatif sur la reprise des cours ce lundi. « Pour le moment on ne nous a pas encore appelés. Je ne suis sûr de la reprise des cours ce lundi. Cependant, j’ai dit à mes collègues d’être prêts. Au cas où la rentrée tient le lundi, on viendra la veille afficher la liste de répartition des élèves devant chaque classe pour éviter les attroupements le jour j », a expliqué le proviseur.


Les craintes de la reprise des cours ce lundi tournent autour de la non disponibilité jusqu’à ce vendredi des dispositifs de lavage de main.


« C’est tout un matériel qu’il faut déployer de Lomé jusqu’à Cinkassé dans les établissements publics que privés. Je ne vois pas que ce sera fait en l’espace du weekend. De toutes les façons, nous sommes prêts à suivre si on nous fait appel », concède le proviseur. Cet acheminement ressemblerait au déploiement du matériel électoral sur toute l’étendue du territoire en période électorale.

                                                                                                  La cour du lycée



Au lycée technique Attiégou, nous avons croisé ce mercredi dans la cour de l’établissement, quelques minutes après la réunion préparatoire de la reprise, Senyo, enseignant dans ledit établissement. Il apprécie la décision de réouverture des classes prises par les autorités.


 « Étant enseignant, c'est une bonne décision de rouvrir les écoles. Pour nos apprenants, ceci évitera une année  blanche : une année blanche aura des répercussions au niveau de l'Etat, des parents et des apprenants ». Toutefois, précise-t-il, la mise en œuvre de cette décision ne serait pas chose aisée pour nous tous. « C'est pour ça que l'Etat joue à la prudence pour à ne pas avancer officiellement la date de la reprise. Il est demandé des préparatifs avant ouverture ». 


Cette difficulté est également appréhendée par M. Komla, enseignant à l’Ecole privé Consolation à Adidogomé. L’établissement compte en son sein le cours primaire et le secondaire.


« Cette décision de reprise des classes disparaitra comme une trainée de poudre comme celle prise de dispenser les cours en ligne », nous confie dubitatif le professeur d’Histoire-Géographie. Pour cet enseignant qui totalise cinq années d’expérience dans le domaine, la décision de reprise des cours  n’avait pas été suffisamment murie en tenant compte du contexte des écoles privées. 


Les enseignants du privé, les damnés de la crise liée au COVID 19


Les réalités entre les écoles privées et publiques ne sont pas les  mêmes. Le souci majeur des enseignants du privé en ce temps de COVID 19 est celui du salaire. Privés de salaire depuis le début de la crise sanitaire et exclus de NOVISSI, (le programme monétaire initié par le gouvernement pour soutenir les couches vulnérables) les enseignants du secteur privé constituent les damnés de cette crise. Dans quelles conditions vont-ils reprendre les cours ?  Eux qui sont sans salaire depuis trois mois déjà.


« Notre préoccupation majeur en ce temps est celui du salaire impayé. Or, les réunions préparatoires n’ont pas abordé cet aspect. Dans ces conditions, comment allons nous prendre pour assurer tout d’abord nos déplacements et ensuite il faut manger pour bien parler et ne pas tomber évanouie devant les apprenants », se plaint l’enseignant.


Cette doléance avait été transmise au ministre de la fonction publique qui l’a botté en touche appelant les fondateurs à leurs responsabilités. 


     « Par respect à la note circulaire du ministre, la classe de 3ème a   été démultipliée en trois classes. Cela veut dire qu’on va faire les allers retours entre les trois classes le ventre vide », s’interroge-t-il avant d’insister également sur la mise à disposition des mesures barrières.


Pour Senyo, cité plus haut, il juge impossible la réduction de l’effectif des classes à 15 élèves, selon la note du ministère de l’enseignement technique et 30 élèves selon celle du ministère de l’enseignement primaire et secondaire.


                                                    La simulation au lycée Attiégou



« C’est impossible dans la réalité sur le terrain, nous pensons avoir au moins 30 comme dans l’enseignement général. Les emplois du temps sont revus, certains iront le matin et d'autres le soir, même les samedis », souligne-t-il. 


Faut-il supprimer les récréations ?


L’autre signe inquiétude des enseignants pour la reprise des cours réside dans comment gérer les récréations des apprenants. « Si c’est que les parents avaient les moyens on allait demander à chacun de préparer le goûter de son enfant avant de venir mais là, ils sont presque à bout de souffre avec cette crise », note le proviseur du lycée Bè-Klikamé.

 Comment  gérer cette situation avec les revendeuses qui servent des plats dans les mêmes assiettes à tous les élèves qui utilisent les mêmes cuillères ? Faut-il recourir à des récréations vague par vague en désinfectant à chaque fois les ustensiles ? Les réflexions se poursuivent.


Mais au lycée Attiégou la décision est déjà prise. Pour éviter que les apprenants s’agglutinent autour des revendeurs, il n’y aura pas de récréation. Chaque apprenant est tenu à prendre des dispositions qui s’imposent avant de venir. 


En attendant, les établissements scolaires sont prêts, ils n’attendent que le signal des ministres pour une reprise des cours. Ceci passe avant tout par la mise à disposition de dispositif de lavage de main, le thermoflash… Seront-ils prêts avant lundi ?



Francine DZIDULA

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