Les évêques du Togo : être plus audibles et plus audacieux




Les évêques togolais se réunissent régulièrement pour exprimer leur point de vue sur l’Etat du Togo. C’est ainsi qu’entre le 16 et 19 juin 2020 a eu lieu la 124e session ordinaire de la Conférence des Evêques du Togo (CET) organisée par vidéo conférence – du fait du COVID-19, en présence du Nonce Apostolique  en charge du Bénin et du Togo, Monseigneur Brian Udaigwe. Ce dernier était en fin de mission diplomatique et ecclésiale dans la région et a été nommé le 13 juin 2020 au Sri Lanka. Celui-ci aurait oublié de fournir les preuves d’une instruction du Pape François sommant certains évêques émérites de ne pas s’impliquer dans la vie de la nation togolaise, autrement dit, de ne pas s’immiscer dans le débat politique pour certains, de faire de la politique pour d’autres. Personne ne peut dire pour l’instant, si c’est cette décision ou une certaine proximité bienveillante avec les pouvoirs en place qui aurait poussé le Pape à l’envoyer sur un autre continent, au terme de ses 7 années de service dans la région.


Le Président actuel de la CET serait Mgr Benoît Alowonou. D’après nos investigations, l’homogénéité ne serait pas de mise au sein de la CET. Certains évêques seraient « alignés » sur le pouvoir de Faure Gnassingbé par souci d’obéissance zélée. D’autres seraient plus critiques mais sont sous les fourches caudines de l’omerta et de la pensée unique du fait de l’organisation pyramidale et militaire de l’église catholique romaine.  Somme toute, d’autres encore seraient plus enclins à trouver systématiquement des passerelles pour garder les liens entre toutes les oppositions, croyant ainsi jouer aux équilibristes. Un jeu risqué qui les contraint à subir parfois les menaces et chantages entretenus par le rapport de forces très prégnant qu’exerce le système du parti au pouvoir (RPT/UNIR) sur tout ce qui ne s’inscrit pas dans sa logique. Ce que le régime Gnassingbé, père et fils peut faire subir à chaque citoyen, il peut le faire subir aux ecclésiastiques. D’ailleurs par le passé, le régime Eyadéma, par le bras armé de ses militaires, n’a pas hésité à « fesser » un prêtre, le prêtre Benoit au Togo. D’autres enfin, plus discrets, sont de véritables révolutionnaires au sens de Jésus-Christ, mais leurs idées et suggestions sont empêchées par divers moyens de franchir le barrage des conservateurs.


Il faut aussi savoir que certaines villes comme la capitale togolaise Lomé, auraient plus d’importance que d’autres. Mgr Nicodème Barrigah-Benissan, archevêque de la grande métropole de Lomé, a une influence non négligeable, que sa modération et sa discrétion légendaires ne sauraient dissimuler. Il est connu comme un diplomate, un musicien et un ex-Président de la « Commission Vérité, Justice et Réconciliation » (CVJR). Ladite structure, non-indépendante de l’Etat togolais, était censée offrir au Peuple togolais, une justice transitionnelle et des réparations, avec la promesse d’engager le Togo sur le chemin de la réconciliation nationale. De justice, il n’y eût point jusqu’à ce jour.


Depuis la clôture des travaux de la CVJR, dont les auditions ont permis de mettre à jour la pratique de crimes contre l’humanité au Togo à certaines périodes de son histoire, le constat est que la justice officielle du Togo, non indépendante comme chacun sait, a jusqu’à présent été empêchée de mener la moindre instruction, de tenir le moindre procès et de prononcer la moindre condamnation. Ainsi rien ne vient déranger les plans de l’Etat Gnassingbé, dont la pratique de l’impunité est la pierre angulaire de toutes ses pratiques de gouvernement. Une sorte de sport national. Malheureusement, la mise en œuvre des recommandations de la CVJR a été confiée à une autre structure gouvernementale, le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) qui n’a permis, ni à la vérité, ni à la justice, ni à la réconciliation d’éclore au Togo. Les réparations individuelles relèvent du saupoudrage. Quant aux réparations communautaires et collectives, leur caractère dérisoire s’apparente à un abus de langage pour ne pas indemniser. Huit ans après la fin des travaux de la CVJR la réalité est que l’impunité perdure au Togo. La colère qu’elle engendre n’est pas sans faire penser à des réactions hors-contrôle parce que la vérité et la justice sont bridées. On ne peut pas dire que les responsables religieux soient des « acteurs dynamiques » pour faire briller la vérité et la justice, surtout quand leur mot d’ordre, sous prétexte de paix et de modération extrême, consiste à « calmer » le Peuple et sa soif d’insurrection et de changement.


Ce dont les citoyens togolais s’étonnent aujourd’hui c’est que durant cette longue période, la « modération » et « la discrétion légendaire » de Mgr Nicodème Barrigah-Benissan ne l’ont pas fait oublier d’interpeller officieusement Faure Gnassingbé à plusieurs reprises, pour lui demander de tenir ses promesses en matière de réparations et de justice. En tant que porte-parole principal auprès du Chef de l’Etat du Togo, il ne peut pas avoir été marabouté par l’esprit de l’amnésie qui l’aurait fait oublier que la vérité précède toujours la justice, qui elle-même facilite le retour de la confiance et donc la réviviscence d’une « VRAIE » réconciliation. Aujourd’hui, les recommandations de la CVJR contenus dans des quatre rapports impossibles à retrouver, témoignent de la « fausse » vigueur qui accompagne une véritable volonté d’offrir au peuple du Togo, mais aussi au Peuple de Dieu, la vérité et la justice sur les crimes commis par des responsables démembrés de l’Etat togolais.


Malheureusement, ni ses prières, ni son approche peu transparente n’ont permis à ce jour à la justice de retrouver ses droits au Togo. Entretemps, les actions des citoyens devant une justice indépendante et non alignée sur le système de Faure Gnassingbé et ses réseaux ésotériques est systématiquement repoussée loin, très loin dans le temps, au point de repousser même le jour de jugement dans un temps indéfini.


Ainsi, la réalité sur le terrain est tout autre de ce que déclare le Gouvernement auprès des Chancelleries, qui par un silence coupable s’accommodent d’un Etat de fait liberticide, au lieu de soutenir la population pour un Etat de droit.


La justice n’a pas été rendue au Togo, malgré un travail important synthétisé en un rapport au Gouvernement en quatre volumes par la CVJR. Certains des volumes les plus compromettants pour le Gouvernement togolais et ses agents responsables des violences et des crimes semblent avoir disparu, alors qu’ils n’ont jamais été accessibles aux citoyens togolais. Alors, faut-il attendre que toutes les preuves aient disparu ? NON ! La conférence des évêques du Togo doit parler de manière plus audible, cela suppose d’être plus courageux et plus audacieux.


Après avoir subi durant 54 ans le joug dictatorial puis autocratique, une partie majoritaire des citoyennes et citoyens togolais ne doutent pas qu’à défaut de la justice temporelle, la justice immanente fera un jour son œuvre. Mais pour l’heure, alors que les bourreaux poltrons sévissent en catimini avec des crimes de sang et des crimes économiques, la majorité du peuple togolais est devenu une victime expiatoire, sans rédemption. Ce Peuple-victime est donc las des paroles mielleuses et réclament des actes concrets de recherche de la vérité et de la justice ! Attention tout de même, que la pression du pouvoir et la peur ne conduisent certains des religieux de tous bords et de toutes obédiences à vouloir systématiquement d’abord pardonner à ceux qui ont été identifiés par la Conférence des évêques du Togo comme de véritables responsables des « violences et assassinats » … Alors, le prix du courage et d’audace sera la révélation de la vérité par la justice.

Il ne faut donc pas se fier aux apparences, mais bien juger sur les résultats obtenus pour le Peuple togolais. Aujourd’hui, les résultats atteints par le système RPT/UNIR et ses réseaux se font aux dépens de ce Peuple victime. Aussi, au Togo, si l’habit ne fait pas le moine, néanmoins on ne doit plus continuer à reconnaître le moine par son habit, mais par sa capacité à servir de témoin à la vérité et à la justice.



Source: RCDTI

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