Doing business: La curieuse ligne de défense du Togo


                                 Sandra Johnson, ministre-conseillère chargée du Climat des affaires



Dans cette mare de corruption, de gabegie et de concussion dans laquelle baigne le régime de Faure GNASSINGBE, à défaut de bénéficier du financement du très sélect « Treshold » du gouvernement américain,  le classement « Doing business »  est devenu une bouée de sauvetage qui donnait un semblant de virginité et de bonne moralité à ce régime. Or, selon la Banque mondiale ce classement est entaché « d’irrégularités ».

On a fait beaucoup de tintamarres ces derniers mois autour de ce classement. « Le Togo, 3ème pays réformateur au monde », « Togo a fait un bond de 40 places », « L’exploit du Togo», sont quelques-uns des titres de la presse locale à la suite du dernier classement de « Doing business ».

« Cette performance est le résultat d’un leadership et d’une volonté politique affirmée, un pari gagné pour la République togolaise et son président », écrivait d’autres laudateurs.

Dans la foulée, bien que les résultats aient été rendus publics depuis Washington, le chef de l’Etat lui-même préside à Lomé une cérémonie de présentation du rapport. Au cours de cette présentation, il déclare que le Togo ne pourra pas s’arrêter si bon chemin. En clair, il revoit à la hausse les prétentions du pays pour le prochain classement.

Sur le continent, seuls l’Ile Maurice et le Rwanda ont fait mieux que le Togo. En raison de la qualité de leur environnement des affaires, on ne pouvait douter de la place qu’occupe ces pays, classés respectivement 13ème et 38ème dans l’édition 2020. En revanche, c’est la progression du Togo qui a été la grande surprise. Le pays est classé 97ème sur 190 économies à travers le monde. Comment est-ce possible se sont demandés certains esprits éclairés qui, à l’époque se sont demandés, si nos autorités n’achetaient pas ces classements. Mais comme le classement venait de la « très sérieuse » Banque mondiale, ces sceptiques vite ont été déboutés.

On en était là quand patatras la nouvelle est tombée. La Banque mondiale a annoncé le 27 août dernier la suspension du classement pour « irrégularités ».

« Un certain nombre d'irrégularités ont été signalées concernant des modifications apportées aux données des rapports Doing Business 2018 et Doing Business 2020, lesquels ont été publiés respectivement en 2017 et 2019. Ces modifications n'étaient pas cohérentes avec la méthodologie Doing Business », écrivait la Banque mondiale dans un communiqué rendu public. Pour écarter toute polémique, l'institution va procéder à un examen approfondi des données sur les cinq derniers rapports et mènera un audit indépendant pour vérifier le processus de collecte et d'examen des données. Ceci afin de garantir l'intégrité des données.

Officiellement, les quatre pays les plus touchés par les irrégularités dans les rapports 2020 et 2018 sont la Chine, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Azerbaïdjan, a indiqué la Banque mondiale. Aucun pays africain n’est concerné par ces nouvelles irrégularités. C’est cette ligne qui est la ligne de défense des autorités togolaises. Mais comment pouvez-vous passer un examen où ces certains concurrents ont fraudé pour occuper une place imméritée et vous continuez par croire que la place que vous occupez est celle qui doit vous revenir de droit. C’est insensé. Voilà pourquoi la Banque mondiale dit qu’elle va auditer les cinq derniers rapports. Cet audit pourrait montrer peut-être l’ampleur insoupçonnée de la fraude.

La ligne de défense des autorités togolaises est bien comprise. Quand vous avez passé tout votre temps à  fonder la réussite de votre gouvernance que sur ce classement et que subitement il vous échappe alors qu’ailleurs des gens sans bruit ni trompette font tout pour hisser leur pays dans le rang des pays à revenir intermédiaire, vous donnerez tout pour vous accrocher à ce classement. C’est une bonne guerre.

De toutes les façons, cette nouvelle vient au mauvais moment, au moment où le Plan national de développement (PND) est dans le coma qu’il a besoin de bonne nouvelle pour se réveiller.

Au demeurant, les autorités togolaises doivent savoir qu’elles ne travaillent pas pour un classement. Mais elles doivent œuvrer réellement pour l’amélioration du climat des affaires de façon à attirer les investisseurs dans le pays à défaut de créer eux-mêmes des emplois pour cette masse juvénile pour qui, « aucun sacrifice n’est trop grand », dit-on.

Albert AGBEKO
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