Dr Yves Ekoué AMAÏZO : L’Afrique devrait avoir une relance solide si les dirigeants africains comprennent qu’il faut mettre l’accent sur l’économie de proximité et circulaire

 



L’économiste togolais, Yves Ekoué AMAÏZO était l‘invité de la radio BBC le 08 septembre dernier. La Covid et son impact sur l’économie africaine avec son lot de récession est au menu des discussions. Nous vous proposons le point de vue de cet expert togolais sur le sujet.

 

BBC : L’Afrique du sud tousse et c’est toute l’Afrique qui est malade. On peut dire ça ?

 

Il est vrai que l’Afrique du sud et le Nigeria à eux deux représentent souvent près de la moitié de la capacité productive enregistrée en Afrique. La contraction de l’économie sud-africaine en 2020 est estimée autour de -7 à -10 % de la richesse nationale (le produit intérieur brut). Rappelons que la France connaît une contraction de près -9 % du PIB, et le Royaume Uni autour de -13 %.

La réponse à votre question est malgré tout négative car il y a 5 grandes sous-régions en Afrique. Et chaque sous-région a une locomotive économique. Aussi selon l’extraversion de son économie, le pays ou la région subira les effets pervers du coronavirus la COVID-19.

Mais l’économie sud-africaine était déjà en voie de récession économique par manque de réformes structurelles, une absence de concentration sur la transformation industrielle créatrice d’emplois de proximité, ce du fait d’un retard important dans la valorisation de l’économie de proximité et de l’économie circulaire. Il faut y rajouter le manque d’intégration de la grande majorité des ressources humaines et surtout l’absence de priorité accordée à la démocratisation de la digitalisation de l’économie.

 

 

BBC : Est-ce que les pays africains ont fait suffisamment pour protéger leurs économies ? Quelles sont les mesures à prendre ?

 

La réponse serait plutôt non au départ de la pandémie puisque de nombreux dirigeants africains ont opté pour une gouvernance du mimétisme occidental. Il ne fallait pas confiner trop longtemps mais introduire des mesures sélectives (identification, isolement sélective…). En confinant trop longtemps, les dirigeants africains ont plutôt paniqué et ont neutralisé les capacités productives du continent. La conséquence a été les nombreuses entreprises fermées, l’économie informelle qui représente plus de 40 % de la richesse en Afrique a été bâillonnée. La conséquence directe est le chômage massif alors que les mesures d’accompagnement étaient plutôt aux abonnés absents.  

Mais face aux annonces alarmantes notamment de l’Organisation mondiale de la Santé et certaines fondations américaines considérant que l’essentiel de la pandémie allait faire de nombreux morts en Afrique, les populations ont suivies à la lettre les consignes des autorités politiques et sanitaires africaines, malgré les budgets limités et la pauvreté. Donc oui, les autorités africaines maîtrisent la situation.

L’Afrique a le taux le plus faible de nombre de cas pas jour, soit 4 à 5 fois moins que l’Amérique du nord et du sud et l’Asie, et 2 à 3 fois moins que l’Europe. Afrique du sud et l’Egypte ont le plus de morts.

Mais le fait que le virus soit sensible à la chaleur et que de nombreux africains aient bénéficié de médicaments anti-palludéens au cours d’une longue période, notamment dans leur enfance, ont grandement contribué à augmenter la capacité de résistances des Africains. Les statistiques actuelles témoignent du faible niveau de morts en Afrique, ce en comparaison à la Chine, aux Etats-Unis et à l’Europe.

Les mesures à prendre sont dans la prévention : faire confiance à la pharmacopée africaine en absorbant le maximum des plantes africaines qui augmentent le niveau d’immunisation. L’exemple de Madagascar qui a créé un remède à partir des plantes locales est une voie à suivre. Pour le reste, la distanciation, le masque et l’investissement dans les appareils de décontamination et désinfections dans les espaces clos.

 

 BBC : Quels sont les pays francophones à surveiller en Afrique ?

 

Je parlerais d’abord de pays qui ont des contacts avec les zones où la pandémie n’est pas maitrisée et semble repartir de plus belle du fait des échanges. Les pays d’Afrique du nord et l’Afrique australe.

Pour les pays de la zone franc, les statistiques ne sont pas fiables Avec ou sans les tests, on peut citer plusieurs pays (10) anglophones l'Afrique du Sud, le Maroc, l'Éthiopie, l'Égypte, le Ghana, le Kenya, le Nigeria, le Rwanda, l'Ouganda, l'île Maurice. Dans les pays francophones, il faudra citer le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, etc.

Tous les pays qui ne sont pas stricts dans le contrôle des personnes lors des échanges sont potentiellement à surveiller. Par exemple, malgré une infrastructure sanitaire importante, le Ghana fait face à une recrudescence de cas du fait des échanges avec le monde extérieur, notamment américain, idem pour le Nigeria. Pour les pays africains francophones, ceux qui ont le plus de contact avec la France (Mayotte et la Réunion) sont à citer.

Mais restons positif. Pour freiner la propagation de la COVID-19, outre les mesures de prévention à partir de la pharmacopée africaine, les mesures barrières en organisant le contrôle intelligent des déplacements de la population sans que cela ne se fasse au détriment des activités productives de transformation en Afrique.

Après une si profonde récession, l’Afrique devrait avoir une relance solide si les dirigeants africains comprennent qu’il faut mettre l’accent sur l’économie de proximité et circulaire et un investissement massif dans la digitalisation, notamment avec une importance accordée à l’oralité.

 

Source : BBC

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