L’état d’urgence, l’exception togolaise



A peine Faure GNASSINGBE avait-il prêté serment pour son quatrième mandat à la tête du Togo que le premier cas du coronavirus a été détecté dans le pays. Une situation qui l’avait amené à déclarer plus tard, le 1er avril 2020, l’état d’urgence sanitaire, une première dans l’histoire du Togo. Et depuis la loi sur la réhabilitation sanitaire a été prorogée à deux reprises jusqu’au 15 septembre prochain. Dans la foulée, la démission du Premier ministre et de son gouvernement qui devrait intervenir au lendemain de cette prestation de serment conformément aux usages républicains a été différée. Plus de six mois après l’entrée en fonction du nouveau président élu, c’est le gouvernement de son troisième mandat qui dirige toujours le pays avec à la clé sans conseil des ministres. Une situation paradoxale, inédite et particulière au Togo que rien ne saurait expliquer. Pourquoi cette singularité du Togo ? Décryptage !!!


Avec un taux de létalité d’environ 2% parmi les cas de contaminés, le Togo est le pays le moins touché par la Covid-19 dans la zone UEMOA. Et pourtant, c’est le pays qui s’est singularisé dans la gestion de la pandémie. Depuis le début de la pandémie, le pays de Faure GNASSINGBE est le seul pays de cet espace où aucun conseil des ministres ne s’est tenu même pas par visio-conférence, or l’urgence de la situation exige une pro activité du gouvernement pour coordonner et faire face à la crise. C’est également le seul pays qui a mis en place une force mixte composée de policiers et de militaires pour juguler une crise sanitaire donnant la preuve que dans ce pays pour le règlement de toute situation qu’elle soit sanitaire ou non la voie militaire est privilégiée.  Et comme il fallait s’y attendre  les bavures et violations des droits des citoyens pendant le couvre-feu faisant des victimes au sein de la population civile ont suscité un tollé général au point d’entrainer le limogeage du commandant de la force amenant les éléments à diminuer leur ardeur. Finalement, le couvre-feu dont-on ignore son incidence dans la diminution de la pandémie sera  levé.

Alors qu’ailleurs, pendant l’état d’urgence des élections ont été organisées (Mali et Guinée notamment), la question qui se pose vue la gestion que font les autorités togolaises de cette crise est de savoir si le cas togolais avait été détecté plus tôt avant février les dernières présidentielles auraient-elles lieu ? Puisque sur la base de cet état d’urgence, le pays a cessé de vivre et sans gouvernement depuis six mois.  Sachant que les autorités togolaises n’aiment pas entrer dans une période d’incertitude avec un vide  constitutionnel même si les dernières modifications constitutionnelles donnent la prérogative au président sortant de rester à son poste jusqu’à la prestation de serment du président élu, les autorités togolaises n’aiment pas jouer avec le feu. Et donc il est fort à parier qu’avec ou sans état d’urgence, les élections surtout les présidentielles auront lieu. Rares sont les échéances présidentielles dans le pays reportées au-delà du seuil de la limite constitutionnelle.  Mais alors pourquoi le président de la République rechigne à former un nouveau gouvernement sous l’alibi qu’il y a état d’urgence. Or c’est pendant le même état d’urgence que « son frère et ami gabonais », Ali BONGO-ONDIMBA a démis son Premier ministre et Mme Rose Christiane OSSOUKA RAPONDA, première femme Première ministre dans son pays.

Si ce gouvernement avec à sa tête le Premier ministre  KLASSOU Selom Komi suit bien les instructions du Président de la République au point qu’il lui est difficile de s’en séparer autant prendre un décret pour reconduire toute l’équipe gouvernementale et tous les Togolais seront fixés. Puisque de mémoire d’homme c’est la première fois que le Togo vit cette situation.

Le Togo est également l’un des rares pays où depuis que l’état d’urgence ait été décrété le Président de la République ne s’est adressé à ses concitoyens qu’une seule fois alors les voisins ont multiplié les adresses à la nation.

RELANCE DE L’ECONOMIE

Le Togo est également le seul pays de la sous-région qui a opté pour une réouverture graduelle des lieux de culte.

De tous les pays de la sous-région qui ont décrété l’état d’urgence, rare sont les pays qui l’ont encore maintenu. Le Togo l’a encore prorogé jusqu’à la mi-septembre.

Alors que les écoles, certains lieux de culte, les aéroports …sont rouverts, la communication plus axée sur les mesures barrières notamment le port de masque dans les lieux publics, pourquoi alors maintenir l’état d’urgence qui fait plus mal à nos économies alors que tout porte à dire que nous devons vivre à présent avec la maladie.

L’impact de la pandémie et les restrictions sur notre économie ne sont plus à démontrer.

Le Togo qui tablait sur un taux de croissance d’environ 5,3% pour l’année 2020 doit revoir à la baisse ses prévisions qui tourneraient désormais autour de 2,1 à 2,5% selon le ministre Sani YAYA de l’économie et des finances.

Les recettes budgétaires et douanières ont baissé. Les quatre principaux axes à savoir l’économie internationale, les transferts des migrants, l’activité économique nationale et les finances sont affectés.

Le Togo qui est l’un des pays africains bénéficiant d’un important flux des transferts des migrants (qui représentent 7,7% du PIB en 2018 contre 10% pour le Sénégal et 5,5% pour le Mali) devra voir diminuer ces entrées. Ces importantes rentrées de fonds devront connaitre un repli signification et impacteront l’économie nationale.

Le ralentissement économique internationale induira une baisse des recettes budgétaires. Le Togo fait partie des pays les plus exposés à cette situation, même si les deux institutions de Bretton woods ont demandé aux créanciers bilatéraux de suspendre les paiements de la dette pour les pays faibles.

Face à ces défis, il est urgent non seulement d’avoir un gouvernement qui a les coudées franches avec des missions claires de relance de l’économie nationale mais aussi de reprendre les activités économiques.

S’il est évident que nous ne devons pas laisser nos vies et notre santé à ce virus, il n’en demeure pas moins vrai que nous ne devons pas non plus laisser la vie et la santé de notre économie à la merci de ce virus.
Et pour ce faire, il important d’avoir un leader qui imprime la marche à suivre pour la relance des activités.

Les économies fortes l’ont compris ainsi c’est pourquoi ils sont sortis du confinement. Les économies faibles ne doivent pas demeurer dans cette situation d’incertitude. L’une des conditions de la reprise doit être un gouvernement qui rassure les Togolais et qui donne des directives. Sur ce point, tout porte à croire que nous ne sommes pas prêts.

Albert AGBEKO
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