30 ans du 05 octobre 1990: Retour sur le campus de Lomé 30 ans après




Un mouvement né sur le campus universitaire de Lomé, ex université du Bénin, a entrainé le 05 octobre 1990 une révolte populaire à Lomé. Ce mouvement  a embrasé Lomé et au-delà  tout le pays dans son sillage entrainant l’ouverture du pays au multipartisme et l’organisation par la suite de la conférence nationale souveraine avec à la clé la démocratisation du pays. Trois décennies après ce mouvement historique, nous nous sommes retournés à l’université Lomé où  est né le mouvement. Sur le campus universitaire de Lomé, certes, les acteurs ont changé. Les nouveaux acteurs du campus, les étudiants d’aujourd’hui, ignorent tout de ce mouvement.



Aujourd’hui, sur le campus de Lomé, la plupart des étudiants ont moins de trente ans. Ils n’étaient pas encore nés au moment du 05 octobre 1990. Et le constat est patent, ils n’ont jamais entendu parler du mouvement du 05 octobre 1990. Du moins c’est ce que nous laissés croire ceux que nous avons approché. Certains font une confusion avec le 05 février, date du décès de l’un des artisans du 05 octobre, Eyadema GNASSINGBE qui, avait accusé les étudiants de diffamation et décédé le 05 février 2005.



« 05 octobre ? Non jamais entendu parler », répond Samuel étudiant en année Licence à la FASEG. Un peu plus loin Daniel confie qu’il n’aucune information sur cette date. Après que nous lui avons rappelé qu’il s’agit cette année de la célébration des 30 ans du soulèvement populaire du 05 octobre 1990, il lâche « oui, oui la dernière fois j’écoutais dans une émission quelques bribes d’infos là-dessus mais je n’avais pas trop prêté attention pour savoir ce qui s’est réellement passé ».



Jacqueline en année de Géographie, nous apprend que durant tout son cursus scolaire, elle n’a jamais entendu parler de cette date. Après que nous lui avons rappelé qu’il s’agit du procès de ses devanciers qui étaient accusés de distribution de tracts subversifs, sans prendre le temps d’explorer tout le contour de l’affaire, elle trouve que c’est bien fait de les juger. Mais à la question de savoir si c’est une bonne chose de revendiquer sa liberté quand on se sent opprimé, elle répond par l’affirmative.  Finalement après avoir compris que c’est au prix du sacrifice consenti par ses devanciers qu’aujourd’hui nous pouvons parler librement sans peur, Jacqueline visiblement gênée fait une volte-face.

Rachel reconnaissant que c’est un acte de bravoure qu’avaient posé leurs grand-frères, elle avoue cependant qu’aujourd’hui l’étudiant togolais ne peut plus mener une telle action. Une des raisons qui justifie sa position est qu’« avant nos grand-frères avant d’avoir leur Bac étaient âgés et ouverts sur le monde alors qu’aujourd’hui la plupart des étudiants n’ont pas 22 ans. Aussi aujourd’hui, il n’y a plus d’Assemblée générale sur le campus mais aussi les choses vont bien par rapport à leurs années. Les tranches tombent vite », soutient-elle.



Parlant d’assemblée générale, Michel étudiant en sociologie trouve qu’« il n’y a plus tellement de liberté d’expression sur le campus de Lomé. Le collège des délégués sont noyautés. Quand vous dites quelques choses ils le rapportent pour être récompensés. Dans ces conditions c’est impossible d’organiser une AG. Les COPUL (NDLR : corps de police de l’université de Lomé) sont  aussi d’une rare violence. Ils usent trop de brutalité alors qu’aujourd’hui les étudiants sont très jeunes. Et puis dès qu’il y a quelques choses, le campus est bouclé. Depuis que moi je suis arrivé sur le campus je n’ai pas assisté à une AG », relate notre interlocuteur.



A la question de savoir si l’étudiant togolais peut aujourd’hui influer sur l’actualité socio-politique du pays à l’image de leur grand-frères, la réponse de Michel est sans équivoque non. Il pense qu’aujourd’hui ces genres de manifestations ne peuvent plus avoir lieu sur le campus. Mais trouve que l’étudiant peut faire entendre sa voix en militant dans des organisations politiques ou de la société civile mais pas à l’université.



L’une des raisons qui expliquent l’absence d’engagement de nos jours des étudiants sur le campus  est aussi selon beaucoup d’étudiants interrogés les travaux effectués. Ces dernières années beaucoup de travaux ont été effectués sur le campus et les conditions de vie et de travail des étudiants ont un peu évoluées. Cependant, certains trouvent que beaucoup restent encore à faire surtout en matière d’amphithéâtre. « Ils ne font que du cosmétique laissant de côté les vraies préoccupations des étudiants. Aujourd’hui nous avons besoin d’amphithéâtre mais c’est les routes qu’on nous construit. Certes ça aussi c’est important mais pour le moment ce n’est pas primordial. Aujourd’hui en première année pour un amphi de 1500 places nous sommes plus de 4000 à suivre les cours. Or le système LMD a ses exigences », note Emmanuel, étudiant FASEG.



L’Université est considérée comme la fine fleur de l’intelligentsia togolaise mais le constat est qu’un pan de l’histoire contemporaine du pays est aujourd’hui ignoré par la jeunesse togolaise qui est sensée prendre la relève du pays dans les années à venir or sans l’histoire on ne peut construire rien de viable. Il est alors important de faire en sorte que cette jeunesse puisse s’approprier l’histoire de son pays. Car un peuple qui ignore son histoire est prêt pour l’esclavage.









Albert AGBEKO

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