Expropriés de Sika-Kondji : L’indignation

 



En 2009, le gouvernement togolais a concédé un permis à grande échelle à la société Scan-Togo mines, filiale du groupe allemand HeidelbergCement pour l’exploitation du gisement de calcaires à Tabligbo, dans la préfecture de Yoto, environ 80 km au nord-est de Lomé. Au début de cette année 2020, cette société de production du clinker a annoncé  un investissement à hauteur de 16 milliards F CFA pour l’extension de son usine à Lomé. Le constat est que cet investissement  se fait sur fond d’injustice et de violation des droits des propriétaires terriens de Sika-Condji, village de Yoto où est extrait ce minerai. Une situation qui a amené ces  derniers à saisir à plusieurs reprises les tribunaux du pays pour que justice leur soit faite. Mais à chaque fois, au lieu que Scan-Togo mines se conforme aux décisions de justice qui va à sa défaveur, elle use du dilatoire  et de subterfuge pour refuser d’indemniser les propriétaires terriens. C’est ainsi que le mois dernier, après avoir assigné deux journaux devant la justice, la société a initié une campagne médiatique de diabolisation de ces paysans qui ont le malheur d’avoir sur leur terre ce minerai qui fait le bonheur de la société mais  appauvrit les habitants de Sika-Kondji qui, la semaine dernière ont exprimé leur ras-le-bol.

 

Ce vendredi 18 décembre 2020, sur la grande place du village de Sika-Kondji, c’est l’effervescence. La population s’était donnée rendez-vous. Femmes, hommes et mêmes enfants étaient là pour son cri de détresse mais aussi d’indignation. Le visage parfois émacié signe des difficultés qu’éprouve cette population à joindre les deux bouts. Et c’est cette population à bout de souffle que la société Scan-Togo mines dépouille encore de son ultime richesse que constitue pour elle la terre. Ce vendredi, c’est la réponse du berger à la bergère qu’elle entende apporter à la Scan-Togo mines. Même si à première vue l’entreprise peut paraitre périlleuse vue l’énormité des moyens de Scan-Togo mines mais dans une société qui promeut l’égalité des droits de tous  les citoyens le plus faible peut aussi triompher. Et c’est ce défi que s’est lancée cette population. Il s’agit de démonter à la face du monde le mensonge distillé dans l’opinion à la suite de la conférence de presse organisée par cette société le 19 novembre dernier mais aussi dénoncé la corruption dont elle use.

LA MAUVAISE FOI DE SCAN-TOGO MINES

Le premier mensonge démonté par les organisateurs de cette manifestation est qu’en  milieu rural  les terres appartiennent à des collectivités. Rares sont des terres qui ont un titre personnel. Ainsi, Scan-Togo mines en affirmant  avoir acheté des terres auprès des collectivités et payé ces dernières sans avoir pris soins d’avoir  un mandat en bonne et due forme donné par les autres cohéritiers la société s’est mis un caillou dans la chaussure. En effet, les sous qu’elle a versés à ces pseudos mandants n’ont pas été reversés à tous les héritiers et surtout aux femmes qui sont exclues. De ce fait, ces dernières remettent en cause la vente des terres. Et donc le site de l’usine est construit des terrains litigieux.


 

« Nous sommes en  colère particulièrement les femmes de Sika-Kondji parce que ce sont nos champs qui nous permettaient d’assurer l’éducation de nos enfants qu’ils ont occupé. Ils ont  détruit nos champs et jusqu’à présent nous n’avons touché aucun fonds. Est-ce normal qu’on puisse exploiter des minerais chez nous et nous allons côtoyer la pauvreté à tel point », se demande dame Amebounegbloe Alate.

Au  premier contrat de bail de cinq ans couvrant la période 2013-2018 tout s’est bien passé. A chaque comptage des biens, les propriétaires terriens et les exploitants étaient présents. Scan-Togo mines aussi était représentée. Un procès-verbal de comptage a été dressé et chaque signataire tenait une copie avec le barème de dédommagement.  Chaque exploitant sait à combien il a droit pour le dédommagement de ses biens. La population était contente à cause de cette transparence. Mais en 2019, à la fin du premier bail quand il fallait renouveler le contrat, c’est là que les magouilles ont commencé. Cette fois-ci, les responsables de la société ordonnent à leurs subalternes de ne pas remettre aux exploitants copie des procès-verbaux de comptage. C’est de là que naît le problème. « Si l’exploitant n’a pas les procès-verbaux de comptage, sur quelle base peut-il être dédommagé », questionne Kodjo Abel Djiguidi. 


 

 Une situation qui a amené les villageois à saisir le Tribunal de Tabligbo. Au verdict Scan-Togo mines dit que cette juridiction n’est pas compétente pour juger l’affaire. Les villageois sont allés au Tribunal de Lomé. Ils ont encore gagné. Scan-Togo sachant qu’il a rasé la plupart des superficies et que les collectivités ne peuvent plus retrouver leurs biens, déclare qu’elle ne connait pas des gens contre qui, il a été en procès sauf une seule collectivité. La seule collectivité reconnue par Scan-Togo mine après lui avoir transmis sous menace des pénalités judiciaires, ses procès-verbaux, refuse de lui payer sous prétexte qu’il y a trop de tecks sur sa superficie.

« Nous réclamons de Scan-Togo puisqu’ils ont pris nos terrains et détruit nos champs, les procès-verbaux de comptage de février-mars 2020 », martèle le porte-parole des populations qui montre l’adhésion populaire à la manifestation pour réfuter les allégations de la société disant qu’il s’agit d’une poignée d’individus.

« Scan-Togo nous l’avons accueilli à bras ouverts dans l’intention de trouver de l’emploi pour subvenir à nos besoins mais la réalité est qu’ils refusent de nous payer », confie cette sexagénaire qui se plaint que son champ de teck, palmier, gombo, adèmè qui nourrissait sa famille a été détruit et les terres et qu’on refuse de la dédommager.

 


DOMMAGE ENVIRONNEMENTAL ET SANITAIRE

 

Pour cette autre héritière de Sika, à l’arrivée de Scan-Togo mines dans le village ils nourrissaient beaucoup d’espoir sans savoir que 333 lots de leur terres allaient en pâtir. « C’est notre richesse, c’est grâce à ces terres que nous élevions nos progénitures. Mais avec l’arrivée du projet de Scan-Togo mines nous étions contents croyant  qu’il y aura développement malheureusement c’est  la pauvreté qui a élu domicile chez nous. Nous sommes en  colère particulièrement les femmes de la localité parce que ce sont nos champs qui nous permettaient d’assurer l’éducation de nos enfants ont été occupés », a déclaré cette descendante de Sika tout en proférant des « hélou looo ! hélou looo ! » incantations de malédiction en milieu éwé.

Les conséquences de l’implantation de cette société productive de clinker n’est pas seulement au niveau de l’occupation des terres. Elles sont aussi d’ordre environnemental et sanitaire. Au départ la société qui a promis qu’il n’y aura pas de dynamitage de la  roche y procède de façon quasi quotidienne. Ce qui n’est sans conséquence pour les populations dont les plus notables sont les poussières, les vibrations et fissures des cases. La pollution de l’eau n’est pas aussi à exclure.

Malgré ces dommages, Scan-Togo mine conformément à son cahier de charge rechigne à construire un hôpital au profit de la population.  

 

 

 

Francine DZIDULA

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