L’opposition togolaise perd la bataille de la communication

 

 


Au début du processus démocratique au Togo, la voix de l’opposition togolaise était très audible. La majeure partie de l’opinion était acquise à la cause de l’opposition togolaise, les représentations diplomatiques accordaient une oreille attentive aux sollicitations de cette dernière, de même que la presse nationale et internationale qui étaient devenues un vecteur des idéaux de cette classe politique togolaise.  C’est dire que l’opposition togolaise avait bonne presse. Mais les erreurs stratégiques, les calculs politiciens, la mesquinerie et les divisions au sein de cette opposition ont fini par désarçonner tout le monde et enlever le crédit à cette opposition qui, au fil des ans, ne cesse de perdre toute l’estime dont elle bénéficiait. Aujourd’hui, c’est une opposition déchirée, minée par des querelles intestines qui essaie tant bien que mal de se remettre de la déculotté électorale a elle infligée par l’une des plus vielles dictatures de l’Afrique au lendemain de la présidentielle de février 2020.

On peut parier que l’opposition togolaise ne se remettra pas de sitôt de la débâcle de la présidentielle de février dernier. Tant elle a atteint le fond de l’abîme jamais insoupçonné. Les alliances et unions de façade, la poursuite du même idéal et l’homogénéité de la lutte seules ne suffisaient pas. Elles  ont d’ailleurs montré leur limite. Désormais c’est un chienlit qui s’est installé dans les rangs de cette opposition que les plus critiques n’hésitent pas à qualifier de l’opposition la plus bête d’Afrique.

Ses militants ont quant à eux découvert une nouvelle passion. Il s’agit des invectives et insultes sur les réseaux sociaux. Ils s’y donnent à cœur joie. Diffamant et accusant les acteurs qui jusqu’hier étaient des partenaires qu’ils adulaient. Ils ne se privent plus de rien car la capacité de nuire et d’en découdre est très grande. Ceci au grand bonheur du parti au pouvoir qui les laisse–faire. Si votre adversaire combat à votre place, pourquoi se gêner encore ?

 

DECEPTION DES PAYS LIMITROPHES

 

Et pourtant l’opposition togolaise était promue  à un bel avenir.

Au début des années 1990, le contexte socio-politique et la géopolitique de l’époque plaidaient en faveur de l’opposition togolaise. Dans une sous-région en pleine mutation vers la démocratie, les pays limitrophes du Togo notamment le Ghana et le Bénin étaient favorables à l’opposition togolaise. D’ailleurs, le Ghana à part accueillir les milliers de réfugiés togolais qui ont fui la barbarie du pouvoir en place au début de la décennie 90, ne constituait-il pas une base arrière au renversement du régime d’Eyadema ? Mais toutes ces tentatives ont échoué parce qu’il y a au sein de cette opposition des taupes qui vendaient les plans de déstabilisation contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Finalement, le président ghanéen John Jerry Rawlings, dépité par cette politique de double face de l’opposition togolaise a fini par lui tourner le dos. Les camps de formation des combattants togolais sur le territoire ghanéen fermés, Rawlings a fait la paix avec Eyadema permettant ainsi aux deux pays de tourner la page des relations tumultueuses.  

Plus aucun soutien dans la sous-région et un cahier d’adresse  limité, l’opposition togolaise est très affaiblie. Rare est ce dirigeant de cette opposition qui peut dire si à minuit il appelle un chef d’Etat de la sous-région ou au-delà il va décrocher. Tellement, ils ont grillé leur carte.

 

LES CHANCELLERIES OCCIDENTALES SOURDENT A L’OPPOSITION

 

Quant aux  diplomates accrédités à Lomé, au début du processus démocratique, ils ont trop fait pression sur le pouvoir de Lomé permettant la décrispation de certaines situations. Leurs actions ont aussi permis des sanctions contre le régime. Aujourd’hui, la plupart écoutent mieux le pouvoir que son opposition. La raison est tout simple : la duperie et la politique du double langage de l’opposition ne passent plus. La plupart des chancelleries occidentales s’est rendue compte que l’opposition togolaise n’est pas aussi blanche comme on le prenait. Autant il existe des démons dans le camp d’en face, autant il en existe dans celui de l’opposition et parfois pire. 


 

L’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé malgré les conditions dans lesquelles il est venu a aussi un peu changé la donne. Il est devenu le visage policé contrairement au défunt régime de son père.

A cela, il faut ajouter la campagne de diabolisation menée à certains moments par l’opposition togolaise contre certains diplomates en poste à Lomé notamment contre l’ambassadrice américaine Mme Patricia Hawkins ou contre le représentant de la CEDEAO à Lomé Dr Garba Lompo ou même contre son collègue le Général Béhanzin a eu l’effet contraire. La solidarité diplomatique a fait que le groupe des 5 (France, USA, Allemagne, UE, PNUD) est devenu moins attentif à l’opposition togolaise.

Les pressions de l’opposition sur le pouvoir par l’entremise des chancelleries occidentales passent désormais peu. De ce fait ce que l’opposition a obtenu par pression diplomatique en l’espace d’un an entre 1991-1992 est dix fois supérieur à ce qu’elle a obtenu ces dernières décennies. Tout simplement parce que la voix de cette opposition est moins crédible et elle n’a non plus en son sein un leader charismatique ou d’envergure capable d’influer sur la position des uns et des autres. Conséquence, l’opposition fait  du surplace.

 

UNE PRESSE LIBRE DISTANTE

 

L’autre soutien de l’opposition togolaise au début du processus démocratique était la presse. Une presse de combat, volontariste et engagée entièrement acquise à l’opposition togolaise au début de la décennie 90. Des journalistes qui, pour la plupart ont appris le métier sur le tas, prenaient des risques énormes pour informer le peuple. Parfois, il faut traverser la frontière  ou être dans le maquis avant la sortie de sa parution, mais ces hommes de médias de l’époque n’en avaient cure des risques. Ils sont difficilement achetables car ils croyaient à ce qu’ils faisaient et les risques ne leur disaient rien. Ils sont appris à braver les interdits pour aller soit rencontrer un leader, soit chercher une info. Le désir d’informer est très grand. 


 

Si la capitale Lomé est majoritairement acquises à l’opposition c’est aussi en partie à cette presse libre car les intellectuels se concentraient en ville, ils ont plus la capacité de lire les journaux pour faire leur propre opinion.

A l’époque, une interview par exemple de Gilchrist Olympio se vendait comme du petit pain. Elle était reprise par d’autres journaux et alimentaient le débat durant plusieurs semaines. Mais récemment un leader de l’opposition a accordé une interview à une presse locale, cette interview est passée inaperçue. A l’époque, même les bonnes ménagères qui vendaient au marché et qui ne savaient pas lire achetaient les journaux pour remettre à leur progéniture. C’est aussi un moyen pour elle d’accompagner la lutte. Le pouvoir dirigeait mais c’est  l’opposition qui contrôlait la communication.

Tout observateur étranger qui voulait le territoire se rendait compte de l’écart communicationnel entre l’opposition et le pouvoir bien que ce dernier avait plus de moyens.  

Mais aujourd’hui que les journalistes ont plus de facilité, cet engagement sans commune mesure a disparu parce que les échecs répétés ont fini par lasser plus. Même les plus téméraires ont fini par tourner casaque. Ceux qui sont demeurés fidèles à leur conviction, les militants de l’opposition finissent par les prendre pour leur journalistes et une fois qu’ils émettent une critique vis-à-vis de leur gourous, ils sont les lynchés par ceux qu’on appelle les talibans. Rares sont les journalistes entièrement acquis à cette opposition. De ce fait, elle perd la bataille de la communication malgré la forte progression des nouveaux médias.

Sans soutien à l’extérieur, doutée par les chancelleries occidentales, abandonnée par la presse nationale et internationale, minée par des dissensions internes, l’opposition togolaise est à la croisée des chemins. Son réveil n’est pas sitôt à moins qu’elle  fasse son autocritique sans complaisance et se lance dans la sensibilisation pour la reconquête de l’électorat jeune. Sans cela, l’alternance sera toujours une chimère pour le peuple togolais.

 

Albert AGBEKO

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