Front social: Le SET impose au gouvernement une relecture du nouveau code du travail

 

 

                                                                              Akoda Ayewouadan, ministre porte-parole du gouvernement


Après 15 ans d’attente, le Togo a enfin un nouveau code du travail. Le texte qualifié de novateur a été voté le 29 décembre dernier. Mais ironie du sort moins de deux mois après son adoption, il est de nouveau en relecture en Conseil des ministres pour modification. Les menaces de grève proférées par le Syndicat des enseignants du Togo (SET) en est pour quelque chose. L’argument avancé par le gouvernement qui, selon lequel cette modification vise à promouvoir davantage le dialogue social et l’esprit de compromis au sein des entreprises ou secteur d’activité, de même qu’à  favoriser le développement d’un syndicalisme plus responsable ne dupe personne.

 Au début de l’année, dans ce secteur de l’enseignement très foisonnant de syndicats on note l’apparition d’un nouveau : le Syndicat des enseignants du Togo (SET). Celui-ci né quelques semaines plus tôt menace de paralyser le secteur de l’éducation. C’est la première menace de grève à laquelle doit  faire face le tout nouveau ministre de l’enseignement surtout en cette période de pandémie. Pris de panique, le gouvernement cafouille et  menace. Les responsables syndicaux sont accusés de « faux et usage de faux en écriture » et de n’avoir pas organisé dans les formes requises l’AG constitutive de leur syndicat. Dans la foulée, des arrestations sont opérées dans leurs rangs. Même un traquenard a été tendu au siège de la Synergie des travailleurs du Togo (STT) aux responsables du nouveau syndicat. 

Face à ces remous qui risquent d’ouvrir la boîte de Pandore des revendications sociales au moment où la contestation politique couve, le code nouvellement adopté fut indexé comme trop laxiste favorisant l’action syndicale. Et donc, il faut fermer les vannes. C’est ce qui justifie le retour en conseil des ministres du code du travail 8 semaines après son adoption. « La question syndicale a justifié cette relecture en vue d’apporter des modifications additionnelles », reconnait Akoda Ayewouadan, le ministre porte-parole du gouvernement. Pour le ministre, l’application de ce code s’est heurtée à des incompréhensions qu’il imposait d’apporter quelques éléments afin de clarifier des points.  

« Dans le texte, il existe beaucoup de zones d’ombres, de non-dit.  Il faut tout simplement clarifier afin que l’exercice de la liberté syndicale puisse se faire dans les règles de l’art », soutient le ministre.

La question qui se pose est de savoir : combien de temps ce nouveau code a été mis en application et qu’on a déjà décelé des failles qui nécessitent sa révision ?

Alors que d’autres textes à l’instar du statut général de la fonction publique ou même la loi sur les manifestations publiques décriées mais n’ont jamais été redéposés sur la table du gouvernement pour une relecture. Cette dernière loi a pour sa part suscité même une réaction de la Commission des droits de l’Homme des nations unies qui avait  demandé sa relecture mais le gouvernement s’est campé sur sa position. Mais dès qu’il s’est avéré que ce texte n’avantage, très rapidement on s’est empressé pour le modifier avant même son application.

Cette modification confirme que le Togo est sur une pente inquiétante de régression des libertés fondamentales chèrement acquises. Elle confirme le rapport 2021 de Civicus Monitor,  une alliance mondiale dédiée au renforcement de l’action citoyenne et de la société civile dans le monde. Dans son rapport, l’Alliance note « des restrictions sur les médias; la détention de syndicalistes; la détérioration continue des droits civiques et des libertés démocratiques depuis 2017 ».  Pendant que ces libertés se rétrécissent dans  la passivité de la population,  l’opposition se donne à cœur joie à s’entre-déchirer.

 

Albert AGBEKO

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