Zoom sur la coopération franco-togolaise

 



Le chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé, effectue sa troisième visite d’Etat en France. La dernière visite officielle du N°1 togolais remonte à novembre 2013 où il avait été reçu par son homologue français François Hollande. Bien avant,  en 2008, il avait été l’hôte du président Nicolas Sarkozy. En dehors de ces visites, le locataire du palais de Lomé 2 a été également en 2006 et a participé à l’Elysée au Sommet pour la paix et la sécurité en Afrique en décembre 2013, à la marche républicaine de janvier 2015, et à la conférence de Paris sur le changement climatique en décembre 2015.

Le Togo et la France entretiennent des relations séculaires. La coopération franco-togolaise est favorisée par un accord de coopération signé le 10 juillet 1963 par les gouvernements de la République togolaise et de la République française. La France est le principal partenaire du Togo au sein de l’Union européenne (UE).  Elle lui  vend  en  particulier  du  pétrole  raffiné,  des   produits   pharmaceutiques,   des   céréales,   des   véhicules   automobiles et des moteurs. En 2017, le commerce bilatéral, entre les deux pays, représente 362 millions $, largement en faveur de la France (les importations de produits français par le Togo, représentent 334,2 millions $ ; contre 17,8 millions en sens inverse). Avec une balance commerciale négative à 326,5 millions $ pour le Togo, qui est par ailleurs le 84ème importateur de produits français dans le monde, et son 139èmeplus grand exportateur pour cette année.

Une vingtaine d’entreprises françaises sont présentes au Togo. L’hexagone est l’un des principaux détenteurs d’investissements directs  étrangers,  avec  un  stock  de  53,2  millions  d’euros  en  2014. Selon l’Insee, en 2013, les principales filiales françaises au Togo employaient 2 200 personnes.

 Commerce bilatéral

 Les échanges commerciaux franco-togolais, qui dégagent un solde commercial variable mais structurellement  positif en faveur de la France,  se caractérisent par :

 -un faible niveau d’importations françaises

 Les achats français au Togo restent faibles (29,5 M EUR en 2019) et ne représentent qu’une infime part des importations françaises (0,0052%). Ils sont toutefois en progression constante puisqu’ils ne se montaient qu’à 9,4 M EUR en 2015 et plus récemment 15,8 M EUR en 2017 et 19,7 M EUR en 2018, soit une hausse de 50% en un an. Les derniers chiffres disponibles pour 2020 indiquent toutefois un tassement, voire un recul  probable sur l’exercice en cours, certainement imputable à la pandémie de COVID, mais sans modification de la structure de l’échange qui reste très concentrée sur un petit nombre de produits, essentiellement agricoles.

 La tendance haussière constatée résulte essentiellement du double impact :

 - premièrement, de l’émergence d’une filière soja exportatrice vers la France (5,5 M EUR en 2017, 8,7 M EUR en 2018, 17,1 M EUR en 2019)

 - deuxièmement, de productions issues de de la zone franche de Lomé, quasi exclusivement les mèches de cheveux synthétiques (0,8 M EUR en 2017, 0,6 M EUR en 2018 et 1,8 M EUR en 2019) mais aussi de l’arrivée de jus d’ananas suite à l’achèvement d’une unité de transformation qui devrait exporter en année pleine de l’ordre de 2 M EUR.

Les flux de marchandises togolaises vers la France sont donc aujourd’hui largement dépendantes des livraisons de soja (58% du total). Si on y ajoute, les 6 autres grandes catégories de produits on atteint 88% des ventes togolaises  la France.

  • des exportations françaises volatiles et soumises aux aléas des approvisionnements en produits pétroliers raffinés.

Les exportations françaises à destinations du Togo fluctuent traditionnellement au gré des achats  de carburants à des raffineries françaises par les traders qui approvisionnent ce pays, achats qui se sont taris en 2019, tendance qui semble se confirmer au vu des résultats des 10 premiers mois de 2020. Ainsi, les exportations françaises vers le Togo étaient de 304 M EUR en 2017 dont 185  M EUR hors pétrole, 239 M EUR en 2018 dont 180 M EUR hors pétrole et 169 M EUR, quasiment intégralement sans produits pétroliers.

Les chiffres des dix premiers mois de 2020 (149 M EUR) permettent d’anticiper un résultat sur l’exercice en cours d’un niveau équivalent, voire légèrement supérieur à celui de l’an passé. La pandémie de la COVID 19 n’aura donc pas impacté notre relation commerciale avec le Togo.

On constate que, hors fluctuation des livraisons pétrolières, les ventes de la France au Togo semblent devoir se stabiliser aux alentours de 170 M EUR. Le médicament reste le premier produit d’exportation française vers cette destination avec 30 M EUR, soit 19% du total.  L’ensemble des produits qui composent l’approvisionnement d’un supermarché (produits alimentaires, cosmétiques, articles ménagers,..) représentent un peu plus du quart de nos échanges avec le Togo. Le solde est éclaté l’équipement électrique (10%), les véhicules (6%), les matières premières pour l’industrie agroalimentaire dont le blé (6%), les véhicules (6%)…

Sur la base des statistiques togolaises, la France détient une part de marché de 7,6%, derrière la Chine (20,5%) mais loin devant les concurrents européens (Pays-Bas 4,4%, Allemagne 2,8%, Belgique 1,8%,…).

 Investissements et présence française


Les flux d’IDE internationaux entrant au Togo sont à nouveau positifs, s’élevant à 88 M USD en 2017 et 102 M USD pour 2018, après des IDE négatifs en 2016 (-46 M USD). Les flux d’IDE français sont affichés en hausse de +5,8 M EUR pour s’établir à 6,5 M EUR (source Banque de France). Le stock d’IDE entrant s’établit quant à lui à 1,8 Mds USD (Unctad), dont seulement 61,9 M EUR seraient imputables aux investissements français (Banque de France).

Le nombre d’implantations françaises au Togo –établi sur la base d’un recensement local- reste stable sur le moyen-terme, avec une présence d’environ 50 structures qui totalisent un CA de l’ordre de 500 MEUR et qui emploient directement entre 3000 et 3500 collaborateurs. Les entreprises françaises sont essentiellement présentes dans l’agroalimentaire avec les boissons (Castel pour la bière, boissons gazeuses et sucrées ; Jus Délice/Moringa pour le jus d’ananas), la farine (Somdiaa/Castel), les produits laitiers (Danone/Fan Milk), la logistique et le transport avec Bolloré Transport & Logistics, CMA-CGM, Air France, le BTP avec Sogea Satom, Eiffage, la distribution (CFAO pour l’automobile et le médicament), les hydrocarbures (Total distribution et Eres/Rubis), la communication et l’internet  (Canal+/GVA) et plus marginalement la banque (Société Générale). Le Togo attire également les centres d’appels (ADKontakt, Vippinterstis).

Aide publique au développement


L’AFD intervient au Togo sous forme de prêts souverains et de subventions. Une partie de ses moyens d’action provient également de délégations de fonds européens. Les principaux secteurs d’intervention sont l’énergie électrique, l’assainissement et l’eau portable, l’éducation et  l’agriculture. Les 21 projets pilotés par l’AFD dans le cadre des différents mécanismes décrits ci avant mobilisent en 2019 près de 200 M EUR d’engagements. L’AFD a par ailleurs contribué en 2020 à hauteur de 3 M EUR au financement du programme NOVISSI, programme de transferts monétaires à l’attention des personnes vulnérables mis en place par le gouvernement togolais pour soutenir les populations fragiles affectées par l’impact économique de la pandémie.

 

Coopération culturelle, scientifique et technique


La France est le premier bailleur bilatéral d’aide au développement au Togo, avec 160 millions d’euros d’engagements entre 2014 et 2017.

Les projets de l’Agence française de développement portent principalement sur l’eau et l’assainissement, l’énergie, l’éducation et la formation professionnelle, et dans une moindre mesure, le développement urbain et l’appui au secteur privé.

L’ambassade met par ailleurs en œuvre un fonds d’appui aux sociétés civiles du Sud (FASCS), et plusieurs fonds de solidarité prioritaire tels que « Appui à la gouvernance universitaire et à la réforme de l’enseignement supérieur togolais » et « Appui à la lutte contre la traite des êtres humains dans les pays du golfe de Guinée ». Un Fonds PISCCA (Projets Innovants de la Société Civile et Coalitions d’Acteurs) finance 9 projets de développement axés sur le genre et le développement durable.

Par ailleurs, le service de coopération et d’action culturelle (SCAC)  contribue à l’élaboration d’une politique nationale de communication, de réforme du code de la presse et de mise en place d’une formation diplômante en techniques du journalisme, à travers le projet de formation et d’appui au secteur de l’audiovisuel et des médias.

Le SCAC participe au développement du sport féminin, notamment à travers des initiatives mêlant sport et culture, tels que l’organisation de tournois de football féminin, de festivals et de journées thématiques dans les régions maritime, de la Kara et des Savanes.

 

Coopération de sécurité et de défense


Compte tenu des enjeux de sécurité dans le golfe de Guinée, la France et le Togo entretiennent une coopération importante en matière de sécurité et de défense. À ce titre, le pays bénéficie des fonds de solidarité prioritaire « Appui à la réforme du système de sécurité maritime dans le golfe de Guinée », « Appui à la sûreté de l’aviation civile en Afrique »,  «  Appui  à  la  formation  des  forces  de  sécurité  intérieure  en  Afrique  »  et  «  Appui  à  la  lutte  contre  le  trafic  de  cocaïne  en  Afrique de l’Ouest ».

Outre la présence régulière de navire français dans la zone permettant des exercices communs en mer, chaque escale à Lomé permet des périodes d’instruction opérationnelle ciblées. Les éléments français du Sénégal envoient des détachements régulièrement au Togo pour contribuer à la préparation des contingents togolais destinés aux opérations de maintien de la paix. Cela vient en complément des actions de coopération structurelle conduites par les coopérants militaires insérés comme conseillers techniques dans les Forces Armées Togolaises.

La France soutient l’École du Service de Santé des Armées, première École nationale a vocation régionale (ENVR), créée en 1998.

 

 

Albert AGBEKO

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