Détenus politiques : Le témoignage poignant des proches

 



Pour la plupart des femmes. Elles ont en commun le fait qu’elles ont leurs fils, frères ou maris embastillés pour raison politiques au Togo. Certains l’ont été dans le cadre de l’affaire dite « Tigre révolution », d’autres lors des récentes « répressions contre les libertés publiques ». Ces femmes qui vivent un véritable drame silencieux depuis que leurs êtres chers ont été arrachés ont témoigné à visage découvert ce jeudi à Lomé. C’était au cours d’une conférence de presse organisée par le Comité pour la libération de tous les prisonniers politiques du Togo où elles ont interpellé les autorités togolaises à libérer ces détenus.

Ils sont plus d’une centaine de détenus politiques au Togo. Parmi ceux-ci au moins 5 ont trouvé la mort durant les 12 derniers mois. 5 autres présentent actuellement « un état clinique très inquiétant et risquent de connaitre à leur tour un sort tragique si rien n’est fait dans les plus brefs délais en vue de les libérer immédiatement et sans condition », selon le Comité qui  alerte sur leur cas.

Pour étayer leur argumentaire, les proches des victimes sont appelés à la rescousse. « Mon mari qui vivait presque en clandestinité a été interpellé  le 17 mai et conduit à la maison menotté par cinq agents en civil. Hébétée par cette scène devant les enfants j’ai demandé si cette histoire a encore commencé (NDLR : M. Paul Missiagbeto a été une fois arrêté en avril 2020 à la suite de la présidentielle) alors que mon mari me demandait de me taire, les agents lui ont serré la menotte estimant qu’il a encore le temps de me répondre devant les enfants en pleurs », a raconté Mme Paul Missiagbeto.

Pour la sexagénaire Maman Akossi presque en larmes, elle a supplié les autorités à libérer ses deux enfants, les seuls qui lui restent, après plusieurs fausses couches, à libérer ses enfants. L’un d’eux selon le Comité souffre actuellement d’un début de démence.

« Mes enfants qui me rendaient visite ont été interceptés dans un bus de 15 places à Agoè et emprisonnés depuis lors sans jugement.  A la suite de leur arrestation, leur papa pris de chagrin est tombé malade et en est mort. Mes deux enfants, l’un est actuellement malade. C’est les seules richesses qui me restent. Libérez-les pour moi », a supplié la vieille mère.


 

Pour Mme Missiagbeto lors de la récente arrestation de son mari, sa belle-mère est morte de chagrin et elle-même a accouché de prématuré. Cette fois-ci c’est sa fille de 10 ans qui devrait passer l’examen du CEPD la semaine prochaine qui en fait les frais.  « Depuis un mois, ma fille traumatisée par la scène de l’arrestation de son père est sous l’état de choc psychologique et suivie par des médecins. Je supplie les autorités à libérer mon mari pour que sa fille la voit et se rétablisse », a poursuivi la dame Missiagbeto pour qui, il n’est pas interdit de faire de la politique.

« Je demande aux juges de sauver mon petit frère. Je supplie les autorités, je supplie président Faure, aidez-moi monsieur le président de la République, c’est à vous qu’appartient la force (...); ils n’ont qu’à libérer mon petit frère malade. Je le préfère à côté de moi que là où il est actuellement même si je ne trouve pas les moyens de le soigner », a encore plaidé une sœur des détenus en larmes.

Le secrétaire général du Comité pour la libération de tous les prisonniers politiques du Togo, Claude Améganvi a déploré les conditions de détention de ces personnes ce qui est la cause de l’aggravement de leur état de santé. « Il faut être extrêmement clair, souligne-t-il, s’il arrive encore quelque chose à l’un d’entre eux que ce soit un cas de décès ou celui qui est entré dans un processus de démence aujourd’hui entre dans un processus irréversible de folie les autorités togolaises en seront tenues pour responsables. Il faut le dire de la manière la plus forte, la plus nette et la plus claire possible », a-t-il martelé.  

Officiellement plus de 110 prisonniers politiques selon le décompte du Comité sont dans les geôles togolaises la plupart sans jugement. Les plus célèbres parmi eux sont le demi-frère du chef de l’Etat Kpatcha Gnassingbé (qui risquerait une amputation de en raison d’une plaie au pied) et le ministre Djimon Oré.

 

Albert AGBEKO

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