Sécurité alimentaire: La supercherie de l’ANSAT

 



Après moult hésitations et sous la pression face à la flambée drastique du prix des denrées alimentaires de première nécessité, l’Agence nationale pour la sécurité alimentaire du Togo (ANSAT) s’est résolue à déverser sur le marché ses stocks de denrées alimentaires. Et déjà on note une ruée des populations vers les agences de l’ANSAT pour se procurer le fameux sésame. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Analyse…

Le 31 Mai 2021, la direction de l’ANSAT a sorti un communiqué informant la population de l’ouverture de sa campagne de vente de produits  céréaliers sur toute l’étendue du territoire national. Cette mesure à première vue peut être prise comme une mesure  salutaire  et philanthropique car elle vise à soulager un tant soit peu le panier de la ménagère déjà à bout de souffle dû à des hausses successives de ces derniers temps. Mais en analysant de près la mesure on réalise qu’il s’agit d’une supercherie au dos du consommateur qui permettra à l’Agence de sortir à bon compte au détriment du premier qui, une fois encore, est dupé.

Tenez-vous bien ! Prenons le sac de 50kg de maïs. L’ANSAT le livre dans ses points de vente à 9500F. Ce qui revient à 190 F le kg. Or, il faut 3kg pour remplir le bol utilisé dans les marchés togolais. Ce qui équivaut à 570 F le bol des marchés. Première observation : le bol de maïs au-dessus de 500 F dans un pays qui, clame depuis 4 décennies, son autosuffisance alimentaire et de surcroît exporte l’excédent agricole est trop chère.

Combien de Togolais, en ce temps de crise sanitaire qui perdure et que la FAO alerte sur le risque de famine. Et que le gouvernement même n’a pas pu assister sa population fragile que durant deux mois à travers son programme de transfert monétaire de 5000 F puisse se donner le luxe de débourser plus de 500 F par semaine voire plus, si on est une famille nombreuse pour s’acheter le bol de maïs ?

Pour le moment le maïs d’ANSAT n’est circonscrit que dans la Région maritime et le Grand-Lomé. Si quelqu’un est à Kpalimé par exemple où le prix du bol de  maïs est vendu actuellement à 700 F veut s’en  procurer elle doit faire la commande à Lomé ou dans les préfectures environnantes de la région maritime s’il a la chance. Les frais de transport seront à la charge de qui ? En y ajoutant les frais de transport, il fera mieux d’acheter son bol de maïs au prix du marché qui lui sera plus avantageux que ce que propose ANSAT.

En plus sur le marché on peut trouver un gros sac de maïs de 50 bols minimum à 28 000 F or 1 bol fait 3 kg donc 50 bols équivaut 50 × 3 kg ce qui donne 150kg à 28 000 F et 150 kg de l'ANSAT font 28 500 F. Selon les grossistes le gros sac peut aller jusqu'à 63 bols donc même chez les grossistes c'est un bon prix qu'à l'ANSAT.

Dans le cadre de ce sujet, nous avons contacté un habitant de la ville de  Kpalimé qui, nous a confié avoir envoyé de l’argent à sa fille à Lomé pour lui acheter le riz d’ANSAT dans les lieux indiqués mais sa progéniture n’a pas pu à cause de non disponibilité du riz. Tout le monde sait de par le passé que pour avoir les denrées alimentaires de l’ANSAT il faut graisser la patte des agents.

« Pourquoi le prix des stocks de l’ANSAT ne doivent pas diminuer encore plus pour aller en dessous de 500F ou pourquoi l’ANSAT ne mettrait-elle pas ses stocks dans les marchés pour que toute la population puisse en avoir. Ce n’est en sens qu’on parlera d’utilité publique », se demande une consommatrice.

En effet, le fait que les denrées de l’ANSAT ne sont disponibles que dans les chefs-lieux de préfecture ne donne pas l’opportunité à toute la population de l’avoir. La plupart du temps, c’est encore les grossistes qui s’en  procurent et spéculent là-dessus même si à l’ANSAT on estime qu’une personne ne peut dépasser le seuil de deux sacs.

« Je suis choqué par la publication de ce communiqué que d’aucuns pensent que c’est bon. Je ne pense que soit la solution puisque ça ne résout rien. Les stocks qu’ils envoient à l’extérieur, il faut qu’ils le mettent ça à disposition du peuple togolais pour qu’il mange d’abord à sa faim avant de penser à l’exportation », fulmine un fonctionnaire.

Comme on le voit, il faut beaucoup plus que  ce déversement de stocks d’ANSAT pour juguler le prix des denrées alimentaires sur le marché. Cette mesure quoique louable n’est qu’une goutte d’eau jetée dans la mer. A l’analyse, il faut qu'il mette plus pour circonscrire le mal ou à défaut prier pour dame nature revienne à de bon sentiment. Sans cela le risque de famine est présent et cela ANSAT ne pourra rien faire pour  sauver les populations togolaises.

 

Francine DZIDULA

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