Alpha Condé : Triste fin d’un despote !

 


Il est venu comme un démocrate, il est parti comme un despote. Réputé démocrate, Alpha Condé, 83 ans,   a combattu l’ex régime de Sékou Touré plus de la moitié de sa vie avant d’accéder au pouvoir en 2010. Comme tel, il devrait rentrer dans l’Histoire par la grande porte à la fin de son deuxième mandat mais la gloutonnerie et l’avidité ont eu raison de lui. Il est parti comme un vieux dictateur renversé par les militaires.

L’image que le peuple guinéen et africain gardera d’Alpha Condé au dernier jour de son règne,  c’est un Alpha Condé en pantalon jean sur une chemise batik de couleur verte sans chaussures entouré de militaires.

Pour son combat et son engagement pour la démocratie -Alpha Condé  symbolisait en Afrique francophone la témérité de l’engagement politique concrétisée par son ascension au pouvoir-on aurait aimé voir une autre image de l’homme que celle-là. Le voir transmettre le pouvoir à un président élu au terme de son deuxième et dernier mandat de cinq ans serait l’idéal. Mais atteint par le virus du troisième mandat, le « démocrate » Condé n’a pas su résister   à la tentation et l’attrait du pouvoir. Comme bon nombre de ses pairs, il a fait modifier la constitution de son pays pour briguer un troisième mandat. Onze mois après son troisième mandat, il est renversé par les militaires. Ainsi vient de prendre fin le troisième mandat, mandat auquel Condé s'accroche mordicus. Triste fin pour un démocrate.

Au terme de son deuxième mandat, le professeur Alpha Condé ne cachait pas son envie de s’éterniser au pouvoir ou tout au moins avoir un pouvoir à vie comme tous ses prédécesseurs à la tête de la Guinée. Dissimulant mal ce désir, Alpha Condé a trouvé en la crise socio-politique de 2017 au Togo une occasion pour préparer son plan. C’est ainsi qu’il s’est imposé comme co-médiateur dans cette crise dans laquelle le peuple togolais réclamait la limitation du mandat et le respect de la constitution de 1992. Joint à la médiation menée au départ par le président ghanéen, Alpha Condé a réussi à flouer l’opposition togolaise qui a abandonné les revendications premières du peuple togolais à savoir la démission immédiat de Faure Gnassingbé ou à défaut sa non-participation à un scrutin présidentiel. Ce dernier avec la bénédiction des médiateurs et de la CEDEAO  rempilera pour un quatrième mandat qu’il a remporté. Mission accomplie pour le président guinéen qui trouvera un argument de taille lorsqu’il dévoila son plan de troisième mandat. « On ne peut m’empêcher de faire ce qui est toléré ailleurs », concédera-t-il.

UN DEMOCRATE QUI A SACRIFIE LES PRINCIPES DEMOCRATIQUES

Le  19 décembre 2019, dans une adresse à la nation, le président Condé confirme l’intention qu’on lui prêtait depuis plusieurs mois de changer la constitution guinéenne. Il faisait croire qu’il ne faisait que se plier aux recommandations de la population. « Depuis un certain temps, le débat sur l’opportunité, la nécessité de doter la République de Guinée d’une nouvelle Constitution en remplacement de celle du 7 mai 2010  est en cours dans notre pays (…). J’ai instruit le ministre de la justice de prendre des dispositions pour élaborer un projet de constitution dans le sens des recommandations …», dira-t-il dans l’adresse.

 


L’opposition qui ne l’entend pas ainsi réunie au sein de Front national pour la démocratie et le changement (FNDC) -qui regroupe les principaux partis de l’opposition et la société civile-  organise des manifestations monstres à Conakry ainsi que dans plusieurs autres villes du pays, manifestations violemment réprimées. Ces manifestations ne décourageront pas le président guinéen.

C’est dans cette ambiance que le professeur Condé a appelé le peuple guinéen à se prononcer sur le projet de modification constitutionnelle qu’il votera par référendum le 22 mars 2020 à une écrasante majorité de 91,59%.

La constitution modifiée, la voix est ainsi balisée pour Condé de s’offrir son troisième mandat. Les contestations, les manifestations et mêmes les mises en garde n’y ont fait rien. Le vieux Condé tient à son 3ème mandat. « On a un président qui fait une nouvelle constitution et fait comme si rien ne s’était pas passé avant. Cela, c’est terminé, cette comédie-là. Maintenant, la balle est dans son camp », avait alerté l’ancien président béninois Nicéphore Soglo.

Ainsi au terme d’un scrutin émaillé d’incident qui a fait une vingtaine de morts, selon les sources officielles, le professeur Alpha Condé est élu pour un troisième mandat de six ans avec un score de 59,50%. Son  principal opposant Cellou Dalein Diallo qui revendique de son côté la victoire et qui a appelé les populations à défendre la victoire a vu sa résidence assiégée par les forces de défense et de sécurité.

Condé, l’opposant arrivé au pouvoir n’a pas su favoriser la cause qu’il défendait. Au contraire, il est cité en contre-exemple pour diminuer les ardeurs des populations qui croient aux leaders de l’opposition.

Alors qu’il s’accroche au pouvoir, la situation de la Guinée sur le plan économique n’a pas évolué. Surnommé le château d’eau de l’Afrique, la Guinée est assise sur plusieurs gisements miniers. Malgré cela sa capitale Conakry est un petit village où l’infraction est galopante avec la coupure d’électricité quasi-quotidienne et la population vit au seuil de la pauvreté.  

 


Comme à la mort de Sekou Touré, dans les rues de Conakry, on observe encore les mêmes scènes de liesse des populations qui se mettent de nouveau à rêver.  Pourvu que cette fois-ci les vendeurs d’illusion ne confisquent pas cette libération du peuple guinéen de la mégalomanie d’un pseudo-démocrate nommé Alpha  Condé.

Triste fin que celle de voir le peuple guinéen en liesse à la chute du démocrate Condé en joie.

 

 

Albert AGBEKO

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