Cancer du col de l’utérus, drame au féminin : Urgence de subventionner les services de dépistage et de traitement des lésions précancéreuses

 


 


Sournois, silencieux et funeste, le cancer du col de l’utérus invalide et tue nos filles, nos sœurs, nos femmes… Deuxième cause de décès après le cancer du sein, le cancer du col de l’utérus  mérite  une attention particulière pour véritablement  asseoir une  politique sanitaire à haut impact sur la santé de la mère et de l’enfant mais aussi sur la contribution de la femme à l’économie nationale. Pour  endiguer la propagation de la maladie, le Togo a lancé un plan stratégique national  pour la prévention et le contrôle du cancer du col de l’utérus  2018-2022. S’inscrivant dans ce plan l’Association Togolaise pour le Bien-Etre Familial (ATBEF) a élaboré son plan stratégique 2016-2022 en prenant en compte les actions de prévention du cancer du col comme les actions d’offre de service et de plaidoyer.

 

Le cancer du col de l’utérus existe bel et bien au Togo. De 2014 à 2020, 187 cas de cancers du col de l’utérus ont été détectés au CHU Sylvanus Olympio. En 2020, les estimations de l’observatoire mondial des cancers présentent pour le Togo 455 femmes affectées. En mars 2021, sur 518 femmes dépistées à Kétao, Atchangbadè et Baga, 21 sont positives, soit 4,05%. D’aucuns diront, c’est tout ? Non ! Ces estimations sont loin de traduire la réalité, selon Mme Noélie   Koévi-Koudam. La directrice exécutive de l’ATBEF explique  alors que « beaucoup de femmes souffrent dans l’ombre et ne viennent à la lumière que tardivement ». La plupart des victimes sont des femmes des milieux défavorisés. Ces femmes ignorent tout sur le cancer du col y compris les moyens de prévention et de traitement par faute d’information. En dépit des efforts du Gouvernement, notre pays ne dispose pas assez de ressources humaines ni de centre de lutte contre les cancers. Tous ces constats découlent de l’analyse situationnelle sur le cancer du col de l’utérus, une étude  réalisée par l’ATBEF.

L’analyse des statistiques du département de gynécologie et obstétrique du CHU Sylvanus Olympio sur les cancers gynécologiques et mammaires de 2014 à 2018 montre que le cancer du col de l’utérus est le 2ème cancer qui tue les femmes au Togo après le cancer du sein. Le drame est que  80% des cas de cancers du col de l’utérus sont diagnostiqués aux stades avancés. Or, le dépistage  précoce des lésions précancéreuses du cancer du col de l’utérus augmente les chances de traitement.

Le renforcement du plateau technique et des ressources humaines existant permettra de faciliter la prévention, le diagnostic et la prise en charge du cancer du col.

 

Oui, il est possible de prévenir et de réduire  de 50% la mortalité liée au cancer du col de l’utérus par la sensibilisation et le dépistage précoce des lésions

 

Le cancer du col de l’utérus est causé par une infection persistante d’un virus, le papillomavirus. C’est une infection sexuellement transmissible qui se soigne bien, dans la plupart des cas. Cette infection peut être évitée par la vaccination des filles de 9 à 13 ans. Cependant, il peut arriver que le virus perdure sur la muqueuse du col de l’utérus et la lésion  peut évoluer, pendant des années en cancer du col de l’utérus.

Le dépistage de cette infection peut se faire par le frottis cervico-utérin. Pratiqué régulièrement, le frottis cervico utérin  permet de détecter au plus tôt la lésion et  d’éviter qu’elle ne se développe en cancer du col de l’utérus. Les femmes sexuellement actives sont donc encouragées à faire le test de diagnostic chaque trois ans. A lui seul le dépistage précoce  contribue à baisser de 50% la mortalité liée au cancer du col utérin.

Somme toute, le dicton qui dit « prévenir vaut mieux que  de guérir »,  cadre très bien avec la lutte contre le cancer du col.

 L’analyse situationnelle sur le cancer du col de l’utérus au Togo financée par l’ATBEF, met un point d’honneur sur la prévention. Car, selon   cette étude, « la prise en charge coûte extrêmement chère pour les familles ». Or, beaucoup de Togolaises, surtout de l’intérieur du pays  n’ont pas accès aux informations précises sur le cancer du col de l’utérus et   elles ne savent pas où elles peuvent se faire dépister.

 

Urgence d’investir dans  l’accès aux services de prévention et de prise en charge du cancer du col de l’utérus

 

L’Etat togolais fait des efforts, ces dernières années, dans la prise en charge du cancer du col de l’utérus. Le Togo a élaboré un  Plan Stratégique pour la Prévention et le Contrôle du cancer du col de l’utérus (2018-2022).  Les défis sont énormes mais les moyens disponibles ont une portée limitée

En termes de structures de dépistage et de prise en charge des lésions précancéreuses du col de l’utérus, à peine trois formations sanitaires régionales (CHR Maritime, DRS Centrale, CHR Savanes) et trois structures associatives (ATBEF, ASSAFETO et AED) pratiquent l’inspection visuelle à l’acide acétique et au lugol avec une rupture fréquente voire permanente du lugol. La cryothérapie, une méthode de traitement des lésions précancéreuses du col de l’utérus, n’est disponible qu’avec les mêmes structures mais dont la plupart n’offrent ces services que lors des campagnes à petite envergure.

 

Autre défi à la lutte contre le cancer du col de l’utérus : le plateau technique pour le diagnostic et la prise en charge des cas de cancer du col de l’utérus est  dans l’ensemble très limité. On note  un seul service d’anatomo-pathologie (au CHU Sylvanus Olympio à Lomé). Pour les spécialistes de chirurgie et de chimiothérapie, il n’y a que quatre (4) oncologues (spécialistes du cancer) pour toute la population togolaise.

Bref, on note une insuffisance de centres d’accueil, des problèmes d’équipements adaptés, une insuffisance des spécialistes du cancer…Cela va sans dire qu’il faut mobiliser des ressources financières énormes à investir dans le développement des infrastructures  appropriées  au fonctionnement des services intervenant dans la prévention et le contrôle du cancer invasif du col utérin. Dans le contexte actuel de l’épidémie à la Covid-19, la priorité des investissements en santé  est orientée vers le nouveau fléau et le cancer du col de l’utérus risque de demeurer le parent pauvre des subventions.

Même si une structure privée de radiothérapie vient à peine de démarrer ses services à Lomé,  l’accès est  très limité aux malades à cause du coût élevé des traitements. Et c’est là le drame du cancer du col de l’utérus : la maladie prolifère parmi les couches défavorisées, mais il faut être riche pour pouvoir se soigner !

 

Le coût prohibitif de dépistage et de traitement, facteur d’exclusion

 

 Selon une étude, les coûts des services de dépistage et de traitement du cancer du col de l’utérus frisent des millions de FCFA. Ce coût exorbitant constitue une barrière d’accès aux soins aux femmes affectées dont la plupart sont en situation de précarité économique.

Avec l'accès insuffisant aux services de dépistage et au traitement précoce des lésions précancéreuses, le cancer du col utérin est donc un fardeau lourd à porter. Il provoque des décès de plusieurs femmes et plonge d’autres dans une situation de maladie grave et chronique, avec un traitement presqu’à vie, déstabilisant ainsi le tissu socio-économique des familles. Ces dernières sont plongées dans la pauvreté à cause du coût du traitement et de l'incapacité pour la personne malade à travailler. Les familles rentrent dans une obligation morale de s’occuper de la personne malade sur tous les plans, au détriment d’autres aspects de la vie. Les membres de famille ne peuvent plus vaquer librement à leurs occupations économiques et même cela perturbe les programmes de formation et la scolarité des enfants, ainsi que leur épanouissement sur le plan socio-économique.

A cet effet, Mme  Koévi-Koudam, directrice de l’ATBEF a lancé un appel à « nos autorités pour qu’un intérêt particulier soit axé sur le cancer du col de l’utérus pour que nos sœurs ne meurent plus faute d’ignorance».

 

La vision de l’Etat togolais d’ici 2022 calquée sur celle de la communauté internationale

 

Le cancer du col de l'utérus est une maladie évitable. Il est également guérissable s'il est détecté tôt et traité de manière adéquate.  Dans ce sens, a été lancée la stratégie mondiale pour accélérer l’élimination du cancer du col de l’utérus comme problème de santé publique, 2020-2030. A  l’occasion du lancement de cette stratégie, le Directeur Général de l’OMS a fait constater que :"Grâce à des interventions rentables et fondées sur des preuves fondées sur des données probantes, notamment la vaccination des filles contre le papillomavirus humain des jeunes filles, le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses, et l'amélioration de l'accès au diagnostic et au traitement des cancers invasifs, nous pouvons éliminer le cancer du col de l'utérus en tant que problème de santé publique et en faire une maladie du passé. »

Dans la préface de la stratégie mondiale pour l’accélération de l’élimination du cancer du col de l’utérus en tant que problème de santé publique, le Directeur Général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a exhorté les Etats membres à honorer leurs engagements à respecter, protéger et promouvoir les droits de la femme, de la jeune fille et de l’adolescente en leur donnant l’opportunité d’accès aux services, même dans les conditions difficiles de la pandémie de COVID19.

 

                                                Vue des journalistes et du personnel de l’encadrement à l’issue de l’atelier de dissémination de l’argumentaire

 

Dans la même logique de livrer une lutte implacable contre le cancer du col de l’utérus,  le Togo notre pays a lancé un plan stratégique national  pour la prévention et le contrôle du cancer du col de l’utérus  2018-2022  (voir encadré). Dans la Préface de ce plan stratégique, le ministre en charge de la Santé, le Professeur Moustafa Mijiyawa  a déclaré :  « Le Ministère est déterminé à déployer efficacement dans le pays des interventions pour la prévention et le contrôle du cancer du col dans le cadre de la politique nationale des maladies non transmissibles et du plan stratégique de prévention et de contrôle du cancer du col pour les cinq prochaines années ».

Fort de cet engagement, le Togo veut mettre en œuvre un programme de prévention du cancer du  col de l’utérus par le renforcement du système de dépistage et de prise en charge de la maladie.

 Subventionner  durablement la prévention et la prise en charge, le plaidoyer porté par l’ATBEF et le Réseau des Organisations de la Société Civile Intervenant en SR et PF (ROSCI-SR-PF)

 

 La concrétisation de la volonté politique du Gouvernement  de protéger et sauver la vie des filles et femmes togolaises des affres du cancer du col de l’utérus  passera, selon l’ATBEF, par la création d’une ligne budgétaire au budget général de l’Etat pour subventionner  la lutte contre la maladie.

Tel est le plaidoyer de changement des politiques en matière de santé sexuelle et santé de reproduction  ciblé par l’ATBEF dans son plan stratégique 2016-2022. Ce plaidoyer pour la subvention de la lutte contre le cancer du col de l’utérus est  soutenu par l’IPPF, la fondation Hewlett et la  Japanese Trust Fund (JTF). A cet effet, il a été  réalisé une étude situationnelle du cancer du col au Togo et un argumentaire disséminé aux Organisations de la Société Civile et auxjournalistes, acteurs privilégiés du  plaidoyer  pour la mise à échelle des services de prévention et de prise en charge du cancer du col de l’utérus.

 

Concrètement, la mise à disposition d’une ligne budgétaire sollicitée auprès  du Gouvernement permettra  aux services techniques de l’Etat et aux organisations de la société civile d’organiser  des campagnes de sensibilisation, de dépistage et de traitement des lésions précancéreuses ainsi que pour la tenue des campagnes de chirurgie oncologique. Une  partie de la ligne budgétaire sera  consacrée à des programmes de formations spécialisées pour le renforcement des capacités des acteurs impliqués dans le dépistage et la prise en charge du cancer du col de l’utérus.

 Ce sera  à ce prix que le plan stratégique élaboré par le Gouvernement   pour la prévention et le contrôle du cancer du col de l’utérus  2018-2022  aura réalisé ses nobles objectifs (voir encadré 1) pour le bonheur des Togolais.

 

 

                             Kossi N’BOUKE

 

 

 

 

 

    Encadré 1: Les lignes directives du plan stratégique du Togo

 

Le plan stratégique du Togo  pour la prévention et le contrôle du cancer du col de l’utérus  2018-2022  prévoit:

ü  Au moins 90% des togolais touchés par l'IEC sur le cancer du col utérin.

ü  Au moins 80% des filles cibles âgées de 10 ans vaccinées chaque année contre le VPH dans les districts.

ü  Au moins 80% des femmes cibles âgées de 25 - 49 ans dépistées et traitées pour des lésions précancéreuses du col utérin.

ü  Au moins 80% des femmes cibles présentant des lésions précancéreuses du col utérin ont accès à des services de diagnostic.

ü  Au moins 30% des patientes atteintes de cancer du col utérin ont accès à un traitement chirurgical du cancer invasif du col utérin.

ü  Au moins 70% des femmes cibles atteintes d'un cancer du col utérin ont accès à des services de radiothérapie et de chimiothérapie.

ü  Au moins 25% des patientes atteintes de cancer du col utérin cibles ont accès à des services de soins palliatifs pour une meilleure qualité de vie.

                

 

            Encadré 2 : La « goutte d’eau » de l’ATBEF

 

Le  30 juillet 2020, l’ATBEF a lancé  un projet " Mise à échelle du dépistage et de la prise en charge des lésions précancéreuses du col de l'utérus au Togo". Le présent projet, d'une valeur de 70 millions de Francs CFA, s'inscrit dans la continuité du projet "Intégration du dépistage et de la prise en charge des lésions précancéreuses du col de l’utérus dans le paquet de services offerts aux femmes séropositives au VIH au Togo".  Ce projet couvre Lomé, Atakpamé, Sokodé et Kara pour une durée de deux ans. Au menu,  la sensibilisation de 50 000 femmes sur le cancer du col de l'utérus et à sa prévention, la fourniture des services de dépistage et de prévention du cancer du col de l'utérus à 15 000 femmes, la formation et le renforcement des capacités de 15 soignants prestataires des services sanitaires.

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