EDITO : Adieu l’artiste !

 



Au soir de la vie de Gaglo Atchina alias Emouvi le costaud, ses camarades artistes ont lancé une campagne demandant au président de la République de le décorer avant qu’il ne disparaisse de la terre des vivants. Campagne à laquelle nous ne sommes pas inscrits car nous estimons que l’immense talent de ce monument de la culture togolaise n’a pas besoin d’être confinée dans une médaille. Comme  John Jerry Rawlings, l’ancien président du Ghana, de regretté mémoire le déclarait : « J’ai refusé qu’un quelconque édifice public porte mon nom. Quand on a bien servi son peuple on reste dans les cœurs. Je pense que je suis dans le cœur de mes concitoyens. Je suis fier de mon peuple… ». Tel est notre crédo pour l’illustre disparu.

Eh bien ! la majorité des Togolais surtout ceux nés dans les années 70-80 n’ont pas besoin de décoration pour reconnaitre l’immensité du talent de cet humoriste hors-pair que la Terre de nos Aïeux ait enfanté. Talent pour lequel cette masse de citoyens togolais refusait de dormir avant de ne voir la prestation théâtrale de l’humoriste sur la télévision nationale. Ces souvenirs que les Togolais gardent jalousement dans leur cœur ne mourront pas et rien ne peut le leur enlever ça dans leur cœur. Ils n’ont pas besoin de décoration pour le conserver. C’est en cela qu’il faut célébrer la vie qui est en cet artiste et non une décoration encore moins sa disparition. Perdre un talent de cette envergure c’est regrettable, on peut en être sûr qu’il nous faudra plusieurs années avant d’avoir un autre talent de cette trempe.

C’est pourquoi nous avons apprécié le geste du chef de l’Etat de dépêcher à son chevet son médecin personnel car il célèbre la vie. Malheureusement malgré ce geste l’artiste n’a pas survécu et a rendu l’âme le dimanche 12 septembre 2021.

Néanmoins, cette disparition de Gaglo met maintenant les autorités du pays dans un dilemme. Faut-il le décorer à titre posthume ?  Un tel  geste sera mal perçu d’autant plus qu’on avait la possibilité de le faire ne serait-ce que sur son lit d’hôpital. La vocation d’un acteur politique c’est de savoir tirer profit de certaines situations. C’est pourquoi certains hommes politiques aiment s’afficher aux côtés de célébrités pour tirer profit de leur image. Faure aurait pu accéder à la requête des artistes au dernier moment de la vie de Gaglo qu’aujourd’hui il en tirera les dividendes.

Le Togo qui distribue des décorations à des personnalités nationales et étrangères pour lesquelles on se demande quel service ont-elles rendu à la nation togolaise ne peut se permettre de ne pas honorer un de ses dignes fils. Le service que le football et la culture ont rendu à ce pays, la diplomatie togolaise ne l’a pas encore fait. Les acteurs culturels méritent plus de respect dans notre pays surtout en ce temps de crise sanitaire.

Il y a trois ans, nous avons rencontré cet acteur et metteur en scène qui a été influencé par Luis de Funès. Il nous relatait ses débuts dans le cinéma par ces mots : « à notre époque, c’était dur d’aborder les filles, ce n’est pas comme aujourd’hui avec le développement des réseaux sociaux. Et le cinéma était le lieu de rendez-vous des amoureux. Dans la salle noire quand on éteignait la lumière, on profitait de l’obscurité, en feignant de voir le film en déposant la main sur l’épaule ou la jambe de la fille. C’était trop romantique et ces mains-là étaient l’objet de toutes les attentions ».

C’est cette attention qu’il faut toujours continuer par porter aux œuvres de Gaglo Atchina afin que même dans l’au-delà, il continue par vivre au milieu de nous.

Adieu l’artiste ! Tu resteras gravé dans nos cœurs !

 

Albert AGBEKO

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