Mèche Amina : La pétition et le boycott feront-ils plier la société ?

 


On savait déjà que les travailleurs de la zone franche sont souvent traités comme des moins-que-rien. Sur leur propre territoire, ils travaillent dans des conditions inhumaines et d’esclavage. Mais la goutte d’eau qui alertera plus l’opinion togolaise sur leur  calvaire est le licenciement suivi de la lettre de demande d’excuse de ces derniers. Il n’en fallait pas plus pour que l’opinion togolaise crie au non-respect à la dignité humaine.

Le 09 septembre dernier, à la suite d’une grève d’une semaine des employés de la société de production des mèches et synthétiques, « Mèche Amina », la direction de la société prétextant un manque à gagner pour la société a licencié près de 3 000 employés ceci au mépris du code du travail qui  réglemente le travail au Togo. Quelques jours plus tard, le personnel est rappelé à retirer au Secrétariat de la société contre 2000 F une lettre pré-écrite de demande de pardon, qu’il signe et dépose.

La teneur de cette lettre est celle-ci : « J’ai l’honneur de venir très respectueusement solliciter de votre haute autorité la demande du pardon. En effet, sous la demande de nos délégués qui nous ont dit de cesser le travail, j’ai dû faire le suivisme sans me rendre compte de la gravité de la chose. C’est pour cette raison que je viens par la voix de mon chef, me mettre à genoux pour m’excuser. Je vous promets que de tel acte ne se reproduira plus si vous m’admettez ».

Pour des ouvriers qui, quelques jours plus tôt, étaient vent debout pour réclamer leurs droits en bravant les risques, ce revirement est incompréhensible. En y fouillant, on découvre que l’idée de lettre d’excuse serait suggérée par un ministre de la République.  

On se demande alors comment des intellectuels peuvent soutenir une telle initiative de lettre de demande d’excuse « dégradante et humiliante » du citoyen accompagnée de 2000 F nécessaires à la réintégration dans l’entreprise.

DES PRATIQUES HUMILIANTES ET DEGRADANTES D’UN AUTRE AGE

On ne peut se taire devant une telle aberration. Et déjà, cette lettre suscite de l’indignation un peu partout. Au niveau du Front citoyen Togo debout (FCTD), la première organisation de la société civile togolaise, on dénonce le mépris de la société « Mèche Amina » envers le personnel. Le mouvement de  la société civile togolaise a décidé en signe de solidarité d’adresser lui-aussi une lettre de demande d’excuse à la direction de la société accompagnée de « 2000 F nécessaire à la réintégration dans la société ».

Pour le Professeur David Dosseh, le Premier porte-parole du FCTD, le nouveau Code du Travail n’autorise pas « ces pratiques humiliantes et dégradantes d’un autre âge, jusqu’à demander aux employés de se mettre à genoux ». Il a invité les autorités à manifester un peu plus de considération envers leurs concitoyens.

Pour que cette humiliation ne fasse tache d’huile, des voix s’élèvent pour que la société « Mèche Amina » soit boycottée. Même si implantée dans la zone franche, le marché d’Amina est tourné vers l’extérieur, il faut des actions fortes pour décourager cette société, pour qu’elle sache que le Togo n’est pas la Chine et que le droit des travailleurs est garanti par la constitution.

C’est dans ce sens qu’une pétition est lancée pour « faire entendre la voix des opprimés dans leur propre pays par des sociétés étrangères ». Elle sera adressée aux autorités togolaises notamment au Président de la République afin qu’il agisse  au nom de « ces petits frères et sœurs qui difficilement arrivent à survivre ».

Cinq jours après la mise en ligne de cette pétition, elle a déjà recueilli plus de 5 000 signatures.

Cette bataille ne sera pas gagnée sans le concours des autorités togolaises, elles qui doivent garantir le droits de grève des citoyens sans toutefois fait fuir les investisseurs. A cet effet, même si on estime que des dispositions légales régissant le droit de grève n’ont pas été respectées, licencier près de 3000 personnes dans un pays précaire qui vie sous régime d’état d’urgence, n’est pas une meilleure option. Cela devrait faire réagir les autorités. Mais ici depuis bientôt un mois que ces employés sont à la maison, rare sont les responsables politiques qui se sont saisis de l’affaire. Qu’on ne se leurre pas, dans notre pays, les autorités ont toujours pris fait et cause pour des étrangers au détriment de leurs concitoyens, surtout si ceux-ci, se disent opérateurs économiques.

A ce propos, le Secrétaire général du gouvernement, Kanka-Malik  Natchaba, ne le dit pas si bien quand il tweet « Pour cela, et en particulier avec le nouveau code du travail (que j'invite à consulter), les responsables syndicaux doivent véritablement se mettre à jour en suivant méthodiquement les étapes avant d'entrer en débrayage. Ceci pour protéger leurs collègues ».

Doit-on alors sacrifier 3000 emplois pour une soi-disant erreur des responsables syndicaux ? Des autorités légitimes qui savent qu’ils sont élus par des électeurs ne doivent pas fermer les yeux sur ce cas social. Mais ici, c’est le silence radio. Les employés peuvent broyer le noir tant que le lait et le miel coulent dans le verre des autorités c’est largement suffisant.

Implantée dans la zone franche depuis trois décennies, la société coréenne,  Amina, dirigée par D. H. Lee, emploie environ 4000 employés. Ceux-ci travaillent habituellement dans des conditions inhumaines et dégradantes ce qui pousse le plus souvent le personnel à des mouvements de grève. Payés entre 40 000 à 60 000 F le mois, ils travaillent 10h par jour avec une pause d’une heure à midi. Ils travaillent, parfois, les weekends. La dureté de l’emploi fait que certaines femmes atteignent à la ménopause précoce ou des anomalies de cycle menstruel.

Selon les employés, ils sont souvent l’objet d’abus dont la coupe des salaires sans explication, des réquisitions pour travailler les dimanches, et ce, en dépit des dispositions qui imposent une négociation au préalable avec l’ouvrier. Des acharnements sur les travailleurs, des mis à pieds fantaisistes, des responsables des ressources humaines qui foulent au pied les dispositions légales, sont les autres griefs portés contre la société.

 

 

 

Albert AGBEKO

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