Togo : le contrôle judiciaire imposé aux deux journalistes libérés est une aberration

 

Ferdinand Ayité (à gauche) et Joel Egah (à droite), les directeurs de publication récemment libérés sous contrôle judiciaire

 

Interdiction de quitter le territoire togolais, passeports confisqués, obligation de se rendre chez le juge une fois par semaine… Reporters sans frontières (RSF) demande l’annulation du contrôle judiciaire très strict et injustifié imposé aux deux journalistes récemment libérés et l’abandon de toutes les charges retenues contre eux.

Libérés sous conditions. Ferdinand Ayité et Joël Egah, arrêtés et emprisonnés le 10 décembre dernier à la prison de Lomé, la capitale du Togo, ont finalement obtenu leur mise en liberté provisoire le 31 décembre… Mais ils sont désormais soumis à un contrôle judiciaire très strict. Inculpés pour “diffamation” et “outrage à l’autorité” après avoir critiqué des membres du gouvernement dans une émission de débats et d’actualité, le directeur de publication du journal L’Alternative et celui de Fraternité sont désormais privés de leur passeport, sommés de ne pas quitter le territoire, contraints de rendre visite au juge une fois par semaine, de ne pas communiquer sur le dossier en attendant le jugement, et de publier ou diffuser des excuses à l’égard des deux ministres visés par leurs propos. Des mesures jugées “exécrables” par leur avocat, Maître Elom Kpade, contacté par RSF, et que ce dernier entend contester.

“Les conditions aberrantes assorties à cette libération restent un moyen de maintenir les journalistes sous pression, dénonce le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. Cela revient à les traiter comme de potentiels criminels et des personnes qui chercheraient à se soustraire à la justice, alors qu’ils n’ont absolument rien à se reprocher et que le droit de la presse a été largement contourné pour les emprisonner. Nous demandons l’abandon total des charges retenues contre eux et la levée de ce contrôle judiciaire complètement injustifié.”

Les deux journalistes ont pu quitter leur cellule au bout de leur troisième demande de mise en liberté provisoire. Il leur est reproché des propos tenus dans “L’autre journal”, une émission d’actualité et de débats très populaire diffusée sur YouTube par la web-télé du journal L’Alternative. Au cours des échanges, deux ministres, qui ne sont pas nommément cités, sont notamment associés à des détournements de fonds. Au Togo, le Code de la presse ne prévoit plus de peine privative de liberté depuis 2004, mais les faits s’étant déroulés sur un “réseau social”, l’accusation estimait que les faits relèvent du droit commun.

Ferdinand Ayité fait très régulièrement l’objet d'intimidations dans l’exercice de ses fonctions et fait partie des journalistes ciblés par les autorités togolaises à l’aide du logiciel espion Pegasus. Son journal, L’Alternative, a déjà été suspendu quatre mois en début d’année dernière sur plainte d’un ministre, et deux mois en mars 2020 après celle de l’ambassadeur de France. Cette même année, le journaliste et sa publication avaient été condamnés à une amende de quatre millions de francs CFA (un peu plus de 6 000 euros) après avoir révélé des détournements colossaux d’argent dans l’importation du carburant au Togo, une affaire plus connue sous le nom de Pétrole-gate.

Le Togo occupe la 74e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

 

 

Source :  RSF

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