Interdiction du meeting de la DMK : Quand le ministre Yark avoue son incapacité à assurer la sécurité des Togolais

 



On l’attendait. Elle est arrivée. Il s’agit de l’interdiction du meeting de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), la première force politique de l’opposition au Togo. Mais si on attendait que cette interdiction vienne du Ministère de l’Administration territoriale ou encore moins de la préfecture, c’est plutôt du côté du ministère de la sécurité et de la protection civile que cette interdiction est faite aux organisateurs. La raison évoquée pour interdire le meeting justifierait évidemment la sortie du ministre de la sécurité.

En effet, à en croire un communiqué rendu public sur la télévision national par le ministre Yark Damehane, de la sécurité et de la protection  « le contexte sécuritaire sous-régional et national très préoccupant marqué notamment par la volatilité et une imprévisibilité notoire » ne prête pas pour cette réunion.

Et donc organiser une manifestation dans une telle situation, « est de nature à compromettre les efforts en cours pour préserver l’ordre public et la sécurité national », allègue le ministre Yark qui, par conséquent, porte à la connaissance des partis politiques organisateurs que le meeting prévu ce samedi 25 juin 2022 à Bè-Kondjindji est interdit.

Par ailleurs, le ministre souligne que « des contraintes qu’imposent les nouvelles menaces à l’appareil sécuritaire du pays et des renseignements de dernières minutes », l’obligent à interdire cette réunion.

On se rappelle qu’il y a pratiquement 5 ans, les mêmes arguments pratiquement avaient été tenus par le ministre de la sécurité et son collègue de l’administration pour interdire la marche du PNP. La suite tout le monde le connait.

Mais à suivre de près cet argument, c’est comme on ne peut plus organiser de manifestations publiques au Togo. Ce qui cache mal une volonté délibérée d’étouffement de la liberté de manifestation reconnue par la constitution togolaise et encadrée par la loi sur la manifestation publique quoique modifiée.

La « menace à l’appareil sécuritaire » n’est pas plus poussée au Togo que dans le Sahel et pourtant chaque jour que le Bon Dieu fait il y a des manifestations gigantesques dans ces pays. De deux choses l’une ; 

-soit le ministre de la sécurité du Togo n’est pas en mesure d’assurer la sécurité des Togolais comme cela se fait dans les pays du Sahel et là il le dit clairement en déposant son tablier. Car on ne peut pas comprendre qu’un ministre et de surcroît de la sécurité puisse avancer l’argument de menace sécuritaire pour interdire une manifestation sur un terrain bien identifié et en plein cœur de la capitale. Si avec tous les éléments à sa disposition le ministre ne peut pas assurer la sécurité d’un meeting, cela doit inquiéter les Togolais. Comment un tel ministre peut-il assurer la sécurité de 8 millions de Togolais que nous sommes dans ce contexte sécuritaire ? Le problème ici, ce n’est pas le meeting de la DMK mais plutôt le  ministre qui n’arrive pas à assurer la sécurité d’un meeting et qui avoue par là son incapacité à sécuriser un meeting qui accueillera seulement quelques milliers de personnes. On se demande comment ses collègues du Mali ou du Burkina Faso  font pour assurer la sécurité des meetings qui accueillent des milliers de personnes alors que leur pays est en conflit ouvert avec les groupes terroristes ? En ce temps de crise sécuritaire sous-régionale, quand le premier flic du Togo qui doit rassurer les Togolais se met à crier son incapacité à sécuriser un meeting, il y a lieu de se demander si la sécurité des Togolais n’est-elle pas menacée ?

-soit il y a une volonté délibérée d’interdire les manifestations publiques et là le gouvernement fait modifier de nouveau la loi sur les manifestations publiques et tout le peuple togolais avisera. Mais interdire des manifestations publiques sur des arguments fallacieux ne tient pas la route.

C’est là qu’il revient à la DMK de saisir le juge en référé pour démonter cet argument. Le fait que l'interdiction arrive dans le délai légal, 72h,  est une aubaine pour la DMK de saisir la justice d'autant plus que la même manifestation avait reçu autorisation préalable du ministre de l'administration territoriale. Une suite judiciaire doit être donnée à cette sortie du ministre Yark. La justice doit être le rempart face à l’arbitraire. Même si  la justice togolaise a mauvaise réputation on doit l’éprouver.

La DMK ne doit pas acquiescer une telle décision. Une réponse judiciaire doit être donnée à l’arbitraire. Ce faisant on fait travailler non seulement nos juges mais aussi les pouvoirs publics qui prendront encore une décision arbitraire sur un coup de tête sauront que leur décision peut être déboutée par le juge.

Mais tout porte à croire qu’à la DMK, cette interdiction arrange. Elle est pour eux  une victoire  en analysant bien les choses. En vérité,  ce que cherche ce regroupement à travers cette annonce de meeting, c’est avant tout un coup médiatique et non une volonté réelle de démonstration de force ou de mobilisation. Sur ce point Yark les a aidés énormément en interdisant le meeting. Leur objectif est atteint. Cette interdiction leur fait du bien plus que le meeting en lieu-même. D’ailleurs, il leur sera difficile de prouver d’avoir mis en place des dispositifs allant dans le sens de l’organisation d’un  meeting. Ils attendaient tous l’interdiction ; c’est venu. « Nous n’avons pas perdu la face », diront-ils. Que ce soit une décision arbitraire du ministre ou pas, pourvu que chacun trouve son compte. Ainsi va la politique au Gondwana !

 

 

Albert AGBEKO

Photo: DR

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1 Commentaires

  1. 🫵Voilà prkoi on vous dit de laisser le pouvoir pour que la paix n'y est🤝

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